Un voyage dans le temps #1

Introduction

Le 6 avril 2017, je décidai de me lancer dans la saga The Legend of Zelda. L’idée n’était pas nouvelle mais je n’avais jamais vraiment trouvé ni le temps ni le courage de m’engager dans si vaste aventure. Pourtant, je gardai au fond de moi depuis longtemps le désir de découvrir ce monde merveilleux, théâtre de l’une des plus grandes sagas du jeu vidéo. La sortie de The Legend of Zelda : Breath of the Wild (mars 2017), acclamé par une critique unanime, raviva cette flamme.

Mais par où commencer ? The Legend of Zelda existe depuis 1986 et la série compte officiellement dix-neuf jeux ! Ma première pensée fut pour The Legend of Zelda : The Wind Waker, paru sur GameCube en décembre 2002 et auquel j’avais très brièvement joué chez Sébastien à cette époque. Le jeu m’avait alors fait une très forte impression et je m’étais promis qu’un jour, moi aussi je naviguerai sur les océans d’Hyrule. Lorsque je parlai de mon projet à Damien, il me conseilla (avec la verve qui le caractérise) de commencer plutôt par The Legend of Zelda : Ocarina of Time (1998). Le titre ne m’était pas inconnu, naturellement ! Je conservai même quelques vagues souvenirs de Sébastien me le présentant sur sa Nintendo 64. Je ne m’y attardai pas, préférant alors disputer avec lui des parties enragées sur Goldeneye ou Perfect Dark.

Ce n’est que plus tard que j’apprendrai quelle révolution Ocarina of Time fut pour la saga The Legend of Zelda et, sans doute aussi, pour le jeu vidéo dans son ensemble. Bien qu’il soit en réalité le cinquième épisode de la série, le jeu en est aujourd’hui un des piliers de fondation. C’est lui qui négocia le difficile passage à la 3D, c’est lui qui introduisit de nombreuses mécaniques de jeux encore employées aujourd’hui et enfin, si l’on se réfère à la chronologie interne de la série, c’est l’un des premiers épisodes. De l’avis de beaucoup, c’est l’un des meilleurs jeux de tous les temps. Peut-être même le meilleur, encore aujourd’hui, près de vingt ans après sa sortie. C’est du moins ce que l’on peut lire ici ou là…

D’abord hésitant à l’idée de me lancer dans un jeu aux graphismes franchement vieillots, je me laissai finalement convaincre. Damien sut trouver le bon argument lorsqu’il glissa, entre deux éloges dithyrambiques sur la bande-son et l’ambiance, que beaucoup de Zelda parus ensuite étaient truffés de références à Ocarina of Time (et notamment The Wind Waker). Je ne voulus pas prendre le risque de passer à côté de la richesse de l’univers d’Hyrule aussi installai-je mon émulateur de Nintendo 64. Lorsque j’insérai la cartouche virtuelle, je m’amusai de sa taille : 30 méga-octets seulement pour le meilleur jeu du monde ?!

Et pourquoi pas après tout ?

Et c’est ainsi que je m’engageai pour la première fois dans le monde d’Ocarina of Time. L’aventure prit fin abruptement le 24 août 2017 lorsque la partition de mon disque dur qui abritait émulateur et sauvegarde rendit l’âme. Je venais tout juste de libérer le Temple du Feu de l’influence maléfique du terrible Ganondorf.

Nous sommes aujourd’hui le 28 août et à l’heure où j’écris ces lignes, je reste bien décidé à ne pas abandonner la princesse Zelda à ce triste sort. Voilà plusieurs jours que je multiplie les tentatives pour récupérer les données perdues et reprendre le fil de ma partie et je pense être proche de mon but. Je n’oublie pas cependant que l’échec reste possible et, le cas échéant, je suis prêt à recommencer le jeu. J’imagine que c’est le prix à payer pour pouvoir un jour espérer finir ce titre culte !

Cette pause est également l’occasion pour moi de jeter un regard sur le journal de joueur que je tiens très scrupuleusement depuis le début de mon périple « pour garder une trace de ce nouveau voyage ». Il n’est pas parfait c’est vrai. Les fautes se multiplient, le style est changeant, il n’est pas illustré… Mais j’en reste très satisfait. Jamais auparavant je n’avais montré une telle assiduité dans la tenue d’un journal de jeu. L’éventualité d’avoir à recommencer le jeu a même fait germer en moi l’idée de réécrire ce journal pour l’améliorer et, bien que je sache cette idée dangereuse (car le mieux est l’ennemi du bien) elle me séduit sans peine. J’imagine en faire un texte hybride, mêlant descriptions et émotions… Quelque chose qui se situerait entre Hyrule et Terre. A Link Between World, pour reprendre le titre de l’un des épisodes de la saga.

Bien sûr, je ne résiste pas longtemps à cette idée. Voilà, je me lance. Au paragraphe suivant débute cette fameuse réécriture. J’aimerai qu’elle fasse (re)découvrir le jeu, qu’elle fasse voyager et peut-être un peu rêver aussi. Ce n’est pas ma spécialité mais pour Zelda, je veux bien essayer.

Le garçon qui n’avait pas de fée

« Dans l’immense forêt d’Hyrule, les siècles m’ont choisi comme le gardien spirituel des bois. Je suis l’Arbre Mojo… Depuis toujours, la forêt Kokiri s’élève comme un rempart contre les forces chaotiques, assurant le maintien de l’ordre et de la loi… Les Kokiris sont mes enfants. Ils sont le peuple de la forêt. Dès la naissance, chaque Kokiri reçoit sa fée. Mais alors que les forces maléfiques s’activent dans l’ombre et préparent l’invasion d’Hyrule, seul un jeune garçon n’a pas de fée. Navi la fée, écoute mes paroles, les paroles du très vénérable Arbre Mojo… Il ne me reste que peu de temps. Va Navi ! Trouve notre jeune ami et présente le devant moi. Le temps est venu pour lui de commencer son périple. Vole, Navi vole ! Le destin de la forêt, non ! du monde ! dépend de toi ! »

Et voilà qu’on suit Navi, la petite fée bleue, qui s’élance au travers d’une étroite vallée, sauvage et encaissée. Elle survole maintenant le village des Kokiris, virevolte d’un endroit à un autre, à la recherche du garçon sans fée. Ce garçon, c’est Link et à cet instant, ignorant du destin qui l’attend, il se perd dans un sombre cauchemar aux allures de rêve prémonitoire.

Il fait nuit et l’orage gronde. Lui se tient là, sous la pluie battante, au pied des remparts d’une vaste forteresse. Soudain, le pont-levis s’abaisse et la herse se lève. Un cheval portant un cavalier blanc et une toute jeune fille les franchit au grand galop. Ils fuient devant le sinistre Ganondorf, reconnaissable entre mille à sa peau sombre et ses cheveux roux. Il semble voir Link au travers du rêve et ses yeux jaunes, perçants, mauvais, glacent d’effroi le jeune garçon qui se réveille en sursaut (les appels répétés et toujours plus insistants de Navi ont sans doute aidé également).

Ça y est ! Je suis Link. Curieux, je jette un œil à la petite habitation creusée dans le tronc d’un arbre. Il n’y a qu’une seule pièce, mais c’est bien assez bien un petit Kokiri ! C’est assez également pour me permettre de constater que mon émulateur fonctionne parfaitement bien. Il me permet d’augmenter sensiblement la résolution du jeu (bien au-delà de ce qui était possible en 1998) et si les textures restent plutôt laides, les modèles 3D sont eux très propres. Je sais qu’il existe des textures hautes définitions réalisées par des membres de la communauté mais je préfère m’en passer. Bien que certains mods semblent très réussis, je ne voudrais surtout pas prendre le risque dénaturer le jeu. Les graphismes ne devraient pas constituer un problème insurmontable de toute façon. Après tout, j’ai bien connu cette époque, je suis vacciné ! Pour l’instant, c’est plutôt la maniabilité qui pose soucis. Faute de posséder une manette convenable, je tente de jouer au clavier et si le tout fonctionne plutôt bien, ça n’a rien d’instinctif. J’essaie de trouver une configuration qui me permette d’utiliser clavier et souris, à la façon des jeux récents. Cela me donnera au moins quelques repères. Ils ne seront pas de trop car je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Allons, il est temps de quitter cette cabane pour découvrir Hyrule ! Navi me presse déjà de me rendre auprès du vénérable Arbre Mojo. Oui, oui, je me mets en route !

Nous voilà dehors, sur la petite plateforme de bois qui permet d’accéder à l’habitation de Link. Au pied de l’arbre, une charmante petite Kokiri nous fait signe. C’est Saria, une amie. Elle exprime vivement sa joie de voir enfin Link accompagné d’une petite fée, et puis, apprenant la convocation de l’Arbre Mojo, elle reprend son sérieux :

« C’est un véritable honneur d’être convoqué par le Vénérable Arbre Mojo, tu sais ! Je vais t’attendre ici ! Va voir le Vénérable Arbre Mojo ! »

Désireux de plaire, je me précipite pour remonter le chemin suivi par Navi jusqu’à moi. Je longe la petite rivière qui traverse le village des Kokiris et je m’empresse de me présenter devant celui qui garde le passage. C’est Mido. Le chef des Kokiris. En tout cas, c’est ce qu’il dit. Je pense que c’est surtout celui qui crie le plus fort. A l’évidence, il n’a aucune affection pour Link dont il s’est toujours moqué. « Monsieur j’ai pas de fée » disait-il… avant d’ajouter « Sans fée t’es même pas un vrai Kokiri d’abord ! ». Le petit peuple de la forêt peut se montrer cruel lui aussi, même si ce n’est qu’à la façon d’un enfant. Mais aujourd’hui, les choses sont différentes. Link a une fée et il doit répondre à la convocation de l’Arbre Mojo. Mido ne peut s’y opposer, il se contente de m’interdire le passage au prétexte que je n’ai ni épée ni bouclier. Il ne fait que gagner du temps car, à la façon d’un enfant jaloux, il ne peut admettre que le Vénérable Arbre Mojo puisse réclamer la présence du garçon qui n’avait pas de fée et non la sienne.

Je fais demi-tour. Link doit trouver l’équipement demandé par Mido s’il veut pouvoir passer. C’est l’occasion de se promener dans le village des Kokiris. Il ressemble à un terrain de jeu bâti entre les arbres-maisons du petit peuple de la forêt. Il est à l’image de ceux qui l’habitent, éternellement enfantin, comme échappé du Pays Imaginaire. Naturellement, avec ses obstacles, sa rivière et ses ponts de cordes, l’endroit permet aussi au nouveau joueur de se familiariser avec les déplacements. C’est d’ailleurs l’occasion pour moi de peaufiner les réglages de mon émulateur et modifier l’attribution des commandes. Jouer à une ancienne gloire de la Nintendo 64 au clavier ne s’improvise pas.

Je divague, tentant de grimper ici, de plonger là-bas et, petit à petit, mon errance m’amène à rencontrer les Kokiris qui peuplent les lieux et à visiter leurs maisons. Ce sont de véritables enfants, je les trouve tantôt craintifs ou fanfarons, malicieux ou craintifs, boudeurs ou enjoués mais toujours simples. Et puis il y a les rubis ! On en trouve partout dans ce pays de Cocagne, ils poussent dans les hautes herbes, se dissimulent sous les rochers ou dans les jarres… Ils me permettent de m’offrir un bouclier à la boutique. Il est en bois, pas trop lourd, taillé pour un enfant et décoré du symbole des Kokiris. J’imagine sans peine à quels jeux guerriers s’amusent les petits mâles Kokiris ! Mais s’agit-il seulement de jeux ? Dans les hauteurs, à l’écart du village, je découvre un petit terrain d’entraînement et, dissimulé derrière une paroi rocheuse, un coffre renfermant une épée bien affûtée. Les Kokiris auraient-ils donc besoin de savoir combattre ? Qui oserait venir troubler la quiétude de ces forêts ?

Allons… Link est bien équipé maintenant et il est plus que temps de répondre à a convocation du Vénérable. Je retrouve Mido. Il est fâché et vexé que Link et moi ayons réussi à nous procurer l’équipement nécessaire. Avant de s’effacer, il nous jette une dernière pique. Et un aveu aussi. Celui de la jalousie. Mido aime Saria.

« Moââ, le grand Mido, je ne t’accepterai jamais comme l’un des nôtres ! Et puis d’abord, comment t’as fait pour être le chouchou de Saria et du Vénérable Arbre Mojo ?! »

Jamais des leurs ? Dois-je comprendre qu’en dépit des apparences, Link serait un étranger parmi les Kokiris ? D’où vient-il alors, si ce n’est de la forêt ? Le Vénérable Arbre Mojo nous donnera peut-être une réponse à ces interrogations…

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