Carnets de voyage en Morrowind #1

La diplomatie du poignard

Fils illégitime d’un petit nobliau anonyme, je naquis vraisemblablement aux alentours de la 292ème année de l’Ere Troisième. Mon père, afin de laver son honneur et celui de son épouse, aurait dû m’ôter la vie dès les premiers instants. Mais Azura, qui avait pour moi d’autres desseins, fit en sorte que je sois recueilli par l’une des Grande Maison Dunmer.

Les Hlaalu, mes nouveaux maîtres, pensaient sans doute faire de moi un petit scribouillard, ou un maître des basses œuvres mais très tôt, je manifestais une prédisposition pour les choses de l’esprit si bien qu’ils changèrent leurs plans. On me donna un nom respectable et une solide éducation ; j’appris la grammaire et la rhétorique puis l’arithmétique et l’astronomie mais ce n’est que lorsque j’eus acquis une bonne connaissance de ces domaines que ma formation débuta vraiment.

On commença par m’inculquer le droit et la diplomatie et l’on s’assura que je connaîtrai parfaitement les lois et les coutumes des impériaux ainsi que tous les moyens d’y circonvenir. Plus tard, on m’enseigna comment espionner, crypter des messages, préparer les poisons ainsi que mille autres subterfuges. Puis, enfin, on m’initia aux arcanes de la magie. Durant des années, mon esprit s’efforça de manipuler toutes sortes d’énergies mystiques qui devaient me permettre de contrôler les choses et les gens. Au terme d’une formation longue et douloureuse, mes maîtres m’estimant prêt, je fus introduit à la Cité Impériale en tant que diplomate.

Durant près de soixante-quinze ans j’évoluai dans le labyrinthe bureaucratique de l’Empire, tissant un écheveau d’intrigues et de relations. Je crois avoir bien servi mes maîtres pendant cette période et j’en vins à me voir comme une véritable éminence grise, une pièce essentielle du jeu politique Hlaalu. Il s’avéra en définitive que je n’étais à leurs yeux qu’un petit négociateur, un pion, de ceux que l’on sacrifie sans peine en échange d’un avantage plus grand. Aussi, lorsque je fus arrêté par la garde impériale et convaincu d’espionnage, personne ne vint plaider ma cause ni marchander ma libération. Après tout, je n’étais qu’un bâtard.

Je passais alors trente longues années dans les geôles impériales à remâcher ma rancœur contre ceux que j’avais servi et qui m’avaient abandonné. Chaque jour je trouvais refuge dans la prière, chaque jour j’espérais que mes suppliques seraient entendues. Et puis, un matin de printemps, la porte de ma cellule s’ouvrit et un officier m’annonça que j’allais être libéré. Estimait-on que j’avais purgé ma peine ou que, ayant été exclu du jeu politique trop longtemps je ne représentais plus un danger ? Je ne sais, mais je remerciai mille fois Azura pour ses bonnes grâces.

On me fit quitter mon cachot puis, sans attendre, on m’escorta jusqu’à une petite cour où patientaient un détachement d’une dizaine de cavaliers et un attelage tiré par deux chevaux. On m’y fit monter et c’est sous bonne garde que je quittai l’île-prison de la Cité Impériale.

Du voyage qui débutait alors, je n’ai gardé que peu de souvenirs. Le capitaine qui commandait notre petite troupe nous faisait mener un train d’enfer et ni les hommes ni les montures ne furent ménagés. Ce n’est qu’après plusieurs heures d’une chevauchée extrêmement éprouvante pour mon corps affaibli par des années de privations que fut enfin ordonnée la halte. On m’apporta à boire et on me permit même de quitter le chariot pour que je puisse me dégourdir les jambes. Le crépuscule était proche et je n’aspirai qu’à dormir sous la voûte étoilée. Il n’en fut rien. Après une courte pause, le signal du départ fut donné et alors que l’attelage qui me transportait se remettait en branle, je sombrai dans une sorte de torpeur dont je n’émergeai que le lendemain, tard dans la matinée. Lorsque je finis par m’enquérir de notre destination et du temps qu’il nous faudrait pour la rallier, personne ne me répondit. Quels qu’aient été les ordres du capitaine me concernant, il était évident que ce dernier n’avait aucunement l’intention ni d’éclairer ma lanterne, ni de rendre ce voyage agréable. Pour autant, je fus bien traité. J’obtins à boire à chaque fois que je le réclamai et on me servit de la nourriture en quantité à chacune de nos brèves haltes.

Ce n’est qu’après plusieurs jours d’un voyage exténuant, que nous parvînmes enfin à la cité portuaire de Leyawiin. Là j’embarquai à bord d’un bateau-prison où je voyageai à fond de cale en compagnie d’un autre prisonnier. Comme moi, c’était un Dunmer et je crois que nous finîmes par tisser quelques liens d’amitié. Lui n’était pas bavard, moi très secret. Sans doute aurai-je aimé lui parler davantage, échapper le temps d’une conversation aux mensonges et aux faux-semblants qui avaient rythmé mon existence mais il est difficile d’échapper à une vie d’habitudes. En outre, trente années passées dans une petite cellule avec pour seule compagnie des rats et un gardien sourd muet avaient passablement altérées mes talents d’orateur. Cependant, au cours de nos brefs échanges, j’appris qu’il s’appelait Jiub et que notre navire devait faire escale sur l’île de Vvardenfell, en Morrowind, où nous devions être relâchés. Fallait-il y croire ?! Cela semblait trop beau pour être vrai !

Morrowind, la terre de mes ancêtres… la terre de mon peuple, la terre dont j’avais servi les intérêts durant des années et que j’avais tant rêvé visiter un jour… ! Je n’avais jamais vu de mes yeux le panache de cendre du Mont Ecarlate, ni la majestueuse cité du dieu Vivec mais mes maîtres m’avaient tant parlé de cette terre lointaine que tout cela me semblait presque familier. Durant cette traversée qui me parut durer une éternité, je me pris à rêver de pouvoir mener à Vvardenfell une vie paisible, au service d’Azura, et d’y oublier mon passé de petit espion sans scrupules. Oui, je rêvai alors d’une vie rangée, passée à découvrir l’histoire et les traditions des Dunmer, leurs terres, leur culture et toutes les facettes de cette province à laquelle j’avais sacrifié mes jeunes années.

Et d’une certaine façon, c’est bien ce qui se produisit, mais certainement pas de la façon dont je m’y attendais.

Pendant ce temps, dans une vie parallèle…

2 Comments

  1. 26 octobre 2017
    Reply

    Salut, cette fois c’est à moi de commenter, juste retour des choses !
    J’aime beaucoup déjà la présentation de ton concept, ça donne tout de suite envie de plonger dedans. Deuxième chose c’est très bien écrit, fluide, ni trop détaillé, ni trop peu, en tout cas ça me plait et je n’ai relevé que deux fautes :
    Deuxième paragraphe : lorsque j’eu[s] acquis
    Avant dernier paragraphe : Ce n’est qu’après plusieurs jours d’un voyage exténuant, [que] nous parvînmes
    je te corrige uniquement pour te permettre d’atteindre la perfection lol pas pour insister sur les fautes en elles-mêmes.

    • Luremaster
      26 octobre 2017
      Reply

      Merci beaucoup pour ce commentaire ! Tu fais bien de signaler les fautes, tout reste perfectible et je suis content de pouvoir proposer mieux.

      Bien à toi,

      Lure

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