Carnets de voyage en Morrowind #2

Libération

Je l’ai dit, jamais auparavant je n’avais foulé le sol de Morrowind car bien que mon père fut originaire de Narsis, les Hlaalu tinrent à m’éloigner de ma famille dès qu’ils le purent. Sans doute craignaient-ils que ma mère, une fois passée l’humiliation de la tromperie, cherche à me revoir ou que mon père revienne sur sa décision et tente de me tuer pour laver son honneur. Je fus donc élevé en Cyrodiil, loin de ma province natale et, une fois en poste à la Cité Impériale, je n’eus que rarement l’occasion de m’en éloigner. Je ne connaissais donc de Morrowind que ce qu’avait bien voulu m’en raconter mes maîtres et je brûlai d’en apprendre davantage sur l’histoire des elfes noirs, sur leurs croyances, leurs contes et leurs traditions. Peut-être faut-il voir dans ces manifestations d’enthousiasme une trace du conditionnement très fort que l’on me fit subir dans ma jeunesse pour s’assurer que jamais je ne trahirai les miens ? Je ne sais pas. Quoiqu’il en soit, alors que notre bateau filait plein est, l’impatience me dévorait chaque jour davantage. Quelle fut ma joie lorsque les cris des marins parvinrent à mes oreilles quand, enfin, ils aperçurent la haute silhouette du Mont Ecarlate se découper sur l’horizon !

Aujourd’hui encore je me souviens parfaitement du jour où le navire-prison a accosté. C’était le 16 Vifazur de la 427ème année. J’avais passé une nuit agitée, hantée par d’étranges vision. Une terre désertique, rocailleuse, balayée par une violente tempête de cendre, puis Masser et Secunda, les deux lunes de Nirn et puis l’eau, la pluie, un orage… Sur ces paysages semblaient défiler des lettres, des mots peut-être, écrits dans la langue ancienne des Daedra. Mais surtout, il y avait cette voix douce et rassurante qui, malgré le hurlement du vent et le grondement du tonnerre, résonnait distinctement dans mon esprit. Elle me promettait assistance et protection, elle me disait que j’étais l’élu. Mon esprit épuisé par ce long périple perdait-il tous ses repères ? Ou Azura, ma déesse, s’adressait-elle à moi au travers de mes songes ? Aujourd’hui encore, en dépit du destin peu commun qui a été le mien, je n’ai pas de certitudes. Mais ma foi demeure intacte et je n’oublie pas que nous autres mortels ne sommes que des jouets pour les dieux.

A peine avais-je émergé de mon sommeil qu’un garde apparu dans l’embrasure de la porte. Il m’ordonna de le suivre. Je m’exécutai sans rechigner et quittai la cale sans un regard en arrière. Parfois je repense au pauvre Jiub que j’abandonnais alors. Je ne le revis jamais et il m’arrive parfois de m’interroger sur son sort.

Lorsque je montai sur le pont du navire, je restai immobile un instant. Je m’étais attendu à un port, à une ville. La cité de Vivec peut-être, ou le fort de Coeurébène ! Au lieu de cela, c’est un marécage puant qui s’étendait devant moi. Une odeur de tourbe et d’eau croupie m’envahirent les narines et je plissai le nez de dégoût. C’était donc cela la fameuse Côte de la Mélancolie ?

J’ignorais alors tous les mystères que recelait cette île merveilleuse et je me pris à regretter amèrement la Cité Impériale. M’arrachant à ma déception, un garde me houspilla pour que j’emprunte le petit ponton de bois à demi pourri le long duquel nous étions amarrés. On me conduisit ensuite dans une grande bâtisse que l’on me présenta comme étant le bureau des taxes et du recensement. J’apprendrai plus tard que cet établissement servait de porte d’entrée discrète aux agents impériaux envoyé sur l’île et qu’en outre il se trouvait idéalement situé pour lutter contre les nombreuses opérations de contrebandes qui fleurissaient le long de la côte ouest de Vvardenfell.

Le maître censeur, un certain Socucius Ergalla, me posa de nombreuses questions sur mon passé et s’appliqua à consigner les réponses que je lui fis sur mon ordre de libération. Lorsqu’il me demanda mon nom, je lui répondis sans hésiter « Dravel Sarethi ». C’est le nom qu’avaient choisi pour moi mes anciens maîtres. Un faux nom naturellement, mais que j’avais porté toute ma vie. Ce n’était qu’un mensonge de plus mais, à dire vrai, je n’ai jamais connu mon nom de naissance, si tant est que mes parents m’en aient donné un. Mais je me rends compte aujourd’hui que j’aurai dû choisir mes mots avec davantage de discernement. Derrière ce nom se cachait toujours ce petit négociateur ambitieux et sans scrupules et en invoquant son nom, je le liais à moi une nouvelle fois. Je ne réalisais pas combien il serait dur d’échapper à mon passé d’espion pour devenir un homme nouveau.

Une fois le sceau de l’Empire apposé sur mon ordre de libération, on me demanda de le porter moi-même au capitaine Sellus Gravius. Celui-ci avait ses quartiers dans un bâtiment annexe. En chemin, je traversais une salle de garde déserte et sur la table, entre les bouteilles d’alcools et les reliefs de nourriture je vis une dague. Simple, sans fioritures, de qualité, tranchante… Je m’en emparais et la glissait dans les plis de mes vêtements sans même y penser. Et pourtant ce geste en disait long. Il est évident aujourd’hui que l’ancien Dravel Sarethi n’avait nullement l’intention de se faire oublier.  Mon premier geste d’homme libre fut donc de voler une arme.

Inconscient de cela, je ramassais également un anneau orné dont semblait émaner quelque enchantement mineur et je pénétrai dans le bureau du capitaine de la garnison. Je lui remis mon ordre de libération et, en échange, il me donna une mission.

Ma libération avait donc un coût… Cela m’étonnait-il ? Non, assurément pas. Rien n’est jamais gratuit dans ce bas monde, c’est l’une des premières leçons que la vie elle-même m’avait apprise.

Je devais livrer un petit colis à Caïus Cosadès de Balmora. Sans plus d’explications Gravius me tendit le paquet et une petite bourse pleine de Septims. J’acceptai les deux, scellant ainsi mon destin.

Voilà comment je me retrouvai libre, au milieu de la minuscule bourgade de Seyda Neen, perdu au beau milieu d’un marécages sur une île dont je ne connaissais rien. Alors que débutait cette aventure, voici ce que j’écrivis dans mon journal…

Pendant ce temps, dans une vie parallèle…

2 Comments

  1. 26 octobre 2017
    Reply

    Ah, je reconnais bien le début du jeu, mais de le voir ainsi justifié par une l’histoire de « Dravel Sarethi » lui donne forcément un cachet particulier.
    Sais-tu que l’extension Dragoborn de Skyrim permet d’atteindre et d’explorer l’ïle de Solstheim avec à l’horizon le Mont Ecarlate crachant un immense nuage de fumée ? Sans doute que oui.

    • Luremaster
      27 octobre 2017
      Reply

      Oui, je le sais ! J’avoue que c’est une sacrée carotte pour les nostalgiques de Morrowind ! D’autant que l’île de Solstheim fait l’objet d’une superbe extension dans Morrowind lui-même. Promis, un jour je retournerai en Bordeciel !

      Bien à toi,

      Lure

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