Des suites de l’incident de Larcus #1

et de la figure du capitaine Royd « Lure » Clive

 

 

 

 

 

Thèse de doctorat en Histoire post-contemporaine et en Ingénierie mécanique militaire préparée sous la direction de François Bloch et Harold Schmidt, université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et soutenue le 15 mai 2149 par Ralph Karlsson.

 

 

 

 

 

Introduction

En 1995, une intense activité volcanique sous-marine au large des côtes mexicaines entraîne l’émergence d’une petite île au milieu de l’océan Pacifique. Sept ans plus tard, l’existence de ce nouvel ensemble de terre baptisé « île Huffman » est officiellement reconnue par les Nations Unies et placée sous juridiction internationale. En 2020 alors que les troupes des Nations Unies stationnées sur l’île se retirent, l’United States of the New Continent (USN) propose de racheter ce territoire dont le sous-sol est riche en minerais stratégiques. L’Oceania Cooperative Union (OCU) s’y oppose et, entre 2065 et 2068, les deux superpuissances tentent de s’implanter sur l’île Huffman dont elles se disputent le contrôle depuis des années. Les négociations visant à établir un partage de l’île et de ses ressources échouent et les deux opposants se préparent à la guerre. En 2070, l’OCU prend prétexte d’un exercice de tir de missile balistique réalisé par les forces armées de l’USN au-dessus de l’île pour adresser à l’USN une déclaration de guerre.

Au court du conflit les Wanderpanzer (ou Wanzer, parfois désignés sous les acronymes WAP ou WZR), les blindés sur pattes, font preuve de leur efficacité, particulièrement dans les environnements difficiles, et s’imposent sur les champs de bataille.

L’année suivante, un traité de paix est conclu à Moscou grâce à la médiation de la République de Zaftra et de la Peace Mediation Organization (PMO) au terme duquel l’OCU et l’USN se partagent l’île en suivant le tracé de la rivière Mail. Une zone démilitarisée est créée le long de la frontière, l’île devient une réserve naturelle et la question de l’exploitation de ses ressources est également réglée par le traité. Il est fait interdiction d’user, sur l’ensemble de l’île, d’armes qui pourraient nuire à la préservation de la faune et de la flore, telles que les armes chimiques, bactériologiques et nucléaires. En outre, l’île de Long Reverse, au sud de l’île Huffman, est placée sous juridiction internationale et contrôlée à ce titre par la PMO.

La paix se maintient un temps, le commerce se développe entre les deux parties de l’île grâce, notamment, à l’introduction d’une devise commune acceptée par l’OCU et l’USN, le dollar Huffman. Cependant, les tensions restent vives et, en 2086, une série d’escarmouche éclate le long de la frontière. Ces affrontements sporadiques auquel on finira par donner le nom de « crise d’Huffman » se poursuivent jusqu’en 2089 et poussent les deux superpuissances à accroître sensiblement leur présence militaire sur l’île ainsi qu’à engager de nombreux mercenaires. En 2090, les tensions politiques ont atteint un point de non-retour et, une fois de plus, la guerre paraît inévitable.

Le 3 juin 2090, une usine de munition située dans le district de Larcus, sur le territoire de l’USN, est attaquée et détruite par un groupe de Wanzer. L’USN accuse publiquement l’OCU de mener des opérations de sabotage sur son territoire en violation du traité de Moscou de 2071 et annonce son intention d’entrer en guerre. L’OCU qui prétend que l’USN a délibérément provoqué la destruction de l’usine afin de se ménager un casus belli et refuse de se laisser intimider. La guerre est déclarée le jour même.

L’incident de Larcus, aujourd’hui tristement célèbre pour avoir été à l’origine du deuxième conflit de l’île Huffman, a fait l’objet par le passé de très nombreuses spéculations échevelées mais aussi de quelques études en apparence plus sérieuses. Ces dernières, cependant, peinent à mettre en avant des sources fiables et clairement identifiables, rendant leurs conclusions largement sujettes à controverses. Les récits de guerre du journaliste Frederick Lancaster, bien qu’il semble assuré qu’il ait effectivement été témoin privilégié du conflit, sont entachés d’une partialité à peine voilée. Il n’apparaît donc pas inutile de revenir aujourd’hui sur l’incident de Larcus et ces conséquences car la déclassification récente des archives militaires de l’OCU relatives à ce conflit apporte de nombreuses pistes nouvelles à la recherche historique. Notre travail se repose principalement sur les rapports de missions rédigés par le capitaine Clive, sur les données extraites des ordinateurs de combats des Wanzer utilisés par ce dernier ainsi que sur les documents comptables retraçant les modifications et les dépenses effectuées pour l’entretien des Wanzer. L’ensemble de ces informations nous permettent de dégager une vision relativement précise des conséquences directes de l’incident de Larcus et du rôle du capitaine Royd « Lure » Clive dans la deuxième guerre d’Huffman.

L’incident de Larcus

Dans la nuit du 2 au 3 juin 2090, une escouade de quatre Wanzer du 17ème peloton de reconnaissance des opérations spéciales de l’Oceania Cooperative Union (OCU) embarque à bord d’un sous-marin de poche dans le port de Menasa, sur l’île Huffman. A la faveur de l’obscurité, le submersible longe les côtes en direction de Fort Monus et, au petit matin, les Wanzer sont transbordés sur une barge camouflée qui les dépose sur le rivage du district de Larcus, au cœur du territoire contrôlé par les troupes de l’Unified State of the New Continent (USN).

Les quatre pilotes, dont trois sont formellement identifiés comme étant le capitaine Royd Clive et les lieutenants Karen Meure et Ryuji Sakata ont reçu l’ordre du colonel Guri B. Olson de mener une opération de reconnaissance sur un site militaire de l’USN dont on a longtemps pensé qu’il s’agissait d’une usine de munitions. Les troupes de l’OCU ont pour instruction formelle de ne pas engager le combat, même en cas d’accrochage avec les forces de l’USN afin de ne pas aggraver les tensions déjà très fortes entre les deux super nations.

En milieu de matinée, l’escouade atteint son objectif par le sud. Le lieutenant Karen Meure, identifiant « Rabbit 1 », pénètre le périmètre de sécurité de l’usine et entame la collecte de données sous la supervision du capitaine Clive pendant que le lieutenant Sakata surveille les environs. Le quatrième Wanzer qui rencontre des soucis mécaniques est laissé en retrait. Les conversations des pilotes, enregistrées par les capteurs de leurs Wanzer, indiquent sans doute possible que ceux-ci ont conscience de l’illégalité de leur mission, qui viole plusieurs articles du traité de 2071. La discussion est brutalement interrompue par l’apparition d’une patrouille de cinq Wanzer de l’USN dont les causes de la présence sur les lieux ne sont, aujourd’hui encore, pas clairement établies. Dans son communiqué officiel daté du 3 juin 2090, le porte-parole des forces armées de l’USN évoquera brièvement « une mission de surveillance » d’un site stratégique sans donner davantage de détails. Il faut toutefois mentionner la présence à la tête du détachement de l’USN du capitaine Mikhail Ilyich Rezanov dit « Driscoll » dont le nom n’est pas étranger à certains des évènements les plus obscurs survenus durant la deuxième guerre d’Huffman. En outre, les Wanzer de l’OCU ont capté et enregistré plusieurs communications émises par le capitaine Rezanov sur des canaux non cryptés dont le contenu laisse présager d’une manœuvre soigneusement préparée.

Le Wanzer du lieutenant Karen Meure, isolé, est rapidement détruit par les forces de l’USN. Face à la perte présumée de sa fiancée (la chose est aujourd’hui communément admise), le capitaine Royd Clive décide, en contradiction avec les ordres reçus, d’engager le combat. Avec le soutien du lieutenant Sakata, le capitaine Clive parvient, non sans subir de lourds dommages, à détruire plusieurs Wanzer de l’USN. Le capitaine Rezanov, qui semble n’avoir pas participé à l’affrontement, choisit de se retirer lorsque l’usine de munitions est détruite. Selon le rapport de mission adressé par le capitaine Clive à ses supérieurs, la destruction de l’usine serait entièrement imputable au capitaine Rezanov qui, avant l’explosion, aurait affirmé qu’il « est temps de détruire les preuves ». Quel sens faut-il donner à cette phrase ? Certains ont voulu croire qu’elle apportait du crédit à la thèse défendue par l’OCU et selon laquelle l’incident de Larcus n’était qu’une machination de l’USN destinée à permettre l’entrée en guerre, d’autres ont préféré y voire une manœuvre de l’USN pour éviter que des prototypes d’armes développés au sein de cette usine ne tombent entre les mains de l’OCU. Les relevés satellitaires tendent cependant à montrer que ni les Wanzer de l’OCU ni ceux de l’USN n’ont ouvert le feu sur l’usine. Les explosions successives, qui paraissent provenir de l’intérieur du bâtiment, semblent davantage être l’œuvre d’un ou plusieurs chapelets de charges de démolition.

Quelques heures à peine après cet incident, l’USN accuse officiellement l’OCU d’avoir attaqué et détruit une usine de munitions sur son territoire, causant ainsi la mort de soixante-deux civils. L’OCU, qui refuse de reconnaître les faits, tente d’enterrer l’affaire en renvoyant le capitaine Clive et le lieutenant Sakata à la vie civile et en faisant porter sur leurs dossiers militaires la mention « disparu au combat ». En dépit du caractère très secret de l’opération dont l’existence n’est connue que de quelques hauts gradés, la manœuvre échoue à prévenir le conflit et, le 3 juin, la guerre est déclarée.

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