Mémoires d’un officier confédéré #2

Contre-attaque sur Coastal Fort

28 mai 1861

Voilà plus d’une semaine que nous avons pris Coastal Fort aux troupes de l’Union et nous n’avons toujours pas reçu de renforts. J’ai pris la décision de renvoyer vers le Sud les brigades les plus éprouvées par l’assaut. Seules les brigades de Kemper, Birney et Sigfried assurerons la défense du fort. Par ailleurs, nous pourrons compter sur l’appui des dix canons Field de 6 pris à l’ennemi. Les dix pièces sont réparties entre deux batteries sous le commandement des capitaines Merritt et Cabell.

29 mai 1861

10h00

J’apprends que l’Union a planifié une contre-attaque dans notre secteur. Immédiatement je détache des estafettes pour rameuter les brigades de la deuxième division envoyée au repos au Sud. J’aurai besoin de tous les hommes disponibles pour tenir Coastal Fort.

11h00

Deux cuirassés de l’Union, les USS Thomas Freeborn et USS Anacostia, prennent position au large d’Aquia Creek et s’apprêtent à ouvrir le feu sur nous. Nos canons sont prêts à riposter.

Tout porte à croire que les nordistes vont tenter de reprendre la place. Des tuniques bleues ont été aperçues en train de débarquer au sud-ouest du fort. Je m’attends à ce que l’ennemi franchisse la rivière du nord au sud, traverse les bois puis lance son assaut en s’appuyant sur la ferme de la canardière.

Les brigades de Kemper et Birney tiennent les palissades ouest, les hommes de Sigfried se tiennent en réserve. Si l’on ajoute à cela les servants d’artillerie, je dispose d’un peu plus de mille-six-cents hommes pour défendre la position.

Craignant que cela ne soit pas suffisant, je décide de faire quitter le fort aux hommes de Sigfried avec pour ordre de se retrancher au sud de la ferme du mi-chemin, à l’abri des regards. De cette position, ils pourront appuyer la défense du fort efficacement en prenant l’ennemi de flanc.

11h05

Le major Sigfried décide de détacher de sa troupe un petit groupe d’hommes qui agiront en tirailleurs et prendront position dans les bâtiments de la ferme du mi-chemin.

11h10

Les premiers éléments nordistes sont signalés au niveau de la rivière du nord au sud qu’ils s’apprêtent à franchir. Selon les rapports, il faudrait compter deux brigades d’infanterie soit environ mille-trois-cents hommes. Ce n’est probablement qu’une avant-garde.

11h13

Une troisième brigade d’infanterie vient de s’engager dans le cours d’eau. Six-cents hommes de plus. Nous venons de perdre l’avantage du nombre.

11h15

Sigfried me fait savoir que ses hommes ont localisé un train d’artillerie. Quatre à cinq pièces selon lui.

11h24

Une deuxième batterie d’artillerie a été aperçue. Deux brigades d’infanterie ennemies quittent le couvert des arbres et marchent sur la ferme de la canardière. La troisième semble amorcer un mouvement en direction de la ferme du mi-chemin. C’est un problème. Sigfried doit avoir les coudées franches pour soutenir la défense du talus fortifié.

11h30

Bonne nouvelle ! Les tuniques bleues n’ont pas repéré les hommes embusqués à la ferme de mi-chemin et se déroutent maintenant vers Coastal Fort. Tout se présente bien, il ne reste qu’à prier que Sigfried agisse au bon moment. S’il révèle sa présence trop tôt, au moins deux brigades ennemies pourraient se retourner contre lui, trop tard et les défenseurs seront submergés…

Les canons de l’Union ne sont pas encore en position.

11h33

La situation évolue de façon inquiétante. Deux nouvelles brigades ennemies viennent de faire leur apparition. Elles émergent de la forêt et s’avancent vers la ferme de mi-chemin. Nous sommes maintenant en très large infériorité numérique et la situation se présente mal. Il faut espérer que les hommes tiennent bon et que les renforts ne tardent pas.

11h34

La situation ne s’améliore pas. Les nordistes sont plus nombreux que prévu et la brigade Sigfried vient de se faire repérer. Ce sont maintenant trois brigades au complet qui convergent sur sa position.

11h37

Les brigades de Kemper et Birney accueillent chaudement les premiers bleus à portée de tir. Face à cette résistance imprévue, les officiers nordistes renoncent à prendre d’assaut la ferme du mi-chemin et préfèrent concentrer leurs efforts sur Coastal Fort. Une erreur qu’ils regretteront amèrement lorsque les hommes de Sigfried sortiront du couvert des champs pour harceler leurs flancs.

11h39

C’est donc cela ?! Les canons de l’Union, déployés dans les champs à l’ouest de la ferme de la canardière commencent à pilonner la position des tirailleurs de Sigfried. Il n’y a rien que je puisse faire. Je dois tenir la position, d’autant que l’ennemi arrive à portée de mousquet de la ferme du mi-chemin. La brigade de Sigfried commence à faire mouvement.

11h40

Ordre est donné à mes deux batteries d’artillerie d’abandonner le tir contre les cuirassés ennemis et de préparer la mitraille. Une première brigade de tuniques bleues vient de s’élancer sur le talus.

11h41

Ce sont maintenant trois brigades d’infanterie et une de tirailleurs qui montent à l’assaut de mes défenses. Une autre se tient en réserve tandis qu’une dernière menace de s’avancer sur la ferme du mi-chemin.

Le major Allen et ses hommes viennent de rejoindre le champ de bataille par le sud. Voilà qui devrait nous donner un peu d’air mais il faudra tenir bon jusqu’à ce que la troupe soit en position et, malheureusement, il est à craindre que les hommes soient déjà grandement fatigués par leur marche forcée sur Coastal Fort.

11h45

La ferme du mi-chemin reste prise sous les obus de l’artillerie adverse tandis que les tirailleurs de Sigfried tentent désespérément de tenir en respect une brigade d’infanterie sept fois plus nombreuse. Diable, qu’Allen fasse vite !

Au fort, une brigade de tuniques bleues se débande après avoir encaissée deux salves de mitrailles ! Hourra !

La troupe de Canfield vient de rejoindre le champ de bataille avec le convoi logistique. Je décide de lui faire longer la rivière du nord au sud en passant par le bois aux tirailleurs afin de menacer les canons ennemis. La manœuvre est risquée car la brigade, durement éprouvée lors de la prise de Fort Coastal, ne compte que trois-cents hommes. De plus, Canfield, toujours en convalescence, n’est pas là pour les diriger. Dieu les accompagne, il faut que ces canons se taisent.

11h53

La lutte est acharnée et les pertes commencent à se faire sentir. La résolution de l’ennemi semble toutefois s’affaiblir. La brigade qui menait l’assaut sur la ferme de mi-chemin se retire. Cependant, ce mouvement risque de mettre en péril la manœuvre des hommes de Canfield. Je leur commande de stopper leur avance à la ferme au gué et de prendre une position défensive.

Les tirailleurs de la ferme du mi-chemin, libérés de toutes menaces, réintègrent la brigade Sigfried qui aura besoin de tous ses fusils pour soutenir la défense du fort. Elle engage à revers une troupe ennemie mais subit également des tirs.

Allen prend le parti de faire marche vers la pointe des champs de la ferme triangle d’où il pourra porter assistance à Canfield ou Sigfried, selon l’évolution de la situation.

Dans le même temps, le convoi logistique remonte vers l’église de Bellevue.

11h57

Les troupes de l’Union lancent un nouvel assaut sur les pentes de Coastal Fort. Il est repoussé à la baïonnette par les hommes de Kemper.

Mon artillerie a eu raison d’un l’un des cuirassés.

12h00

Les tuniques bleues menacent une fois encore la ferme de mi-chemin et les flancs de Sigfried. Je compte sur Allen pour m’ôter cette épine.

Les hommes de Canfield me font dire qu’ils ont repérés le général ennemi occupé superviser une de ses batteries d’artillerie sur les berges de la rivière du nord au sud.

12h11

Les attaques sur Fort Coastal ont cessé. Le général de l’Union retire ses hommes et concentre tous ses efforts sur la ferme de mi-chemin. Sous la pression, Sigfried a entamé une lente retraite à travers champs. Allen est en position pour l’appuyer depuis les plantations de la ferme triangle.

J’envisage de tenter une sortie avec les hommes de Birney pour soulager Sigfried et ses hommes mais je crains un nouvel assaut sur Coastal Fort. Sigfried devra tenir bon et s’accrocher au terrain avec l’appui d’Allen.

Les hommes de Canfield font mouvement vers le nord afin de se porter sur la position du général nordiste.

12h22

La position de Sigfried est de plus en plus compromise et il risque l’encerclement. La présence d’une seule brigade confédérée sur ses flancs ne semble pas inquiéter outre mesure l’état-major du Nord qui semble prêt à quelques sacrifices pour prendre la ferme de mi-chemin.

12h29

N’y tenant plus, je tente une sortie avec les brigades de Kemper et Birney et me porte au secours de Sigfried.

12h49

La manœuvre est un succès, les tuniques bleues subissent de lourdes pertes mais refusent encore d’abandonner le terrain. Sigfried tient bon en dépit des pertes.

Les hommes de Canfield se replient sur la ferme triangle car les obus ennemis risquent de mettre à mal la cohésion de l’unité. Il tiendra la position avec Allen.

12h55

La seconde canonnière ennemie est envoyée par le fond et je redéploye mes canons sur le côté ouest de Fort Coastal. Une brigade ennemie lance une charge désespérée sur la position de Sigfried. C’est un échec assuré, Kemper et Birney couvrent le terrain de leurs feux.

13h20

La victoire ne fait plus de doute, les nordistes survivants, pris en tenaille, sont sur le point de fléchir. La lutte aura été acharnée et les pertes nombreuses des deux côtés. Les munitions commencent à manquer, m’obligeant à faire avancer mon convoi logistique au plus près des combats.

13h52

Contre toute attente, les tuniques bleues tiennent leur position avec l’énergie du désespoir. Bien que la défaite soit inéluctable, les officiers de l’Union persistent à maintenir le feu. L’affrontement tourne au bain de sang.

14h00

Enfin ! Ils abandonnent !

Le bilan est lourd. Prendre et tenir Coastal Fort m’aura coûté plus de la moitié de mon corps d’armée.

La brigade Canfield a perdu quatre-cent-quarante-deux (442) hommes et mis hors de combat deux-cent-quatre (204) nordistes. L’artillerie n’a pas été tendre avec ces hommes, autant lors de l’assaut sur le fort que durant sa défense.

La brigade Allen a perdu trois-cent-quatorze (314) hommes et mis hors de combat cinq-cent-soixante-dix (570) nordistes.

La brigade Sigfried a perdu quatre-cent-seize (416) hommes et mis hors de combat huit-cent-soixante-dix-huit (878) nordistes. Le courage de ces hommes dans les combats de la ferme de mi-chemin a été exceptionnel.

La brigade Birney a perdu deux-cent-quatre-vingt-seize (296) hommes et mis hors de combat six-cent-quatre-vingt-quatre (684) nordistes.

La brigade Kemper a perdu trois-cent-quatre-vingt-deux (382) hommes et mis hors de combat mille soixante-cinq (1065) nordistes.

Les canons de Cabell et Merritt auront arraché pas loin de trois-cents (300) hommes à l’Union et leur rôle ne devrait pas être minimiser. Sans la salve de mitraille qui faucha les tuniques bleues parvenues au sommet du talus, qui sait comment aurait tourné le combat ?

Je ressens durement la perte de chacun de mes hommes, pourtant le bilan n’est pas affligeant. Notre victoire est incontestable. En dépit de notre infériorité numérique, nous sommes parvenus à prendre et tenir Fort Coastal. Mes hommes sont ma fierté.

J’ai d’ailleurs soutenu et obtenu que les majors Sigfried et Kemper soient promus au rang de lieutenant-colonel pour leur bravoure, leur dévouement et leur intelligence sur le champ de bataille. Quant à moi, je me vois décerner la médaille de la campagne de Sécession.  Outre cette récompense symbolique, Richmond me promet un peu plus de trois mille hommes supplémentaires et un soutient financier de plus de quarante-quatre mille dollars. Pour faire face à l’afflux de nouvelles troupes, j’étudie plus en profondeur les ouvrages relatifs à l’organisation des grands corps d’armées.

En revanche, on me retire le groupe de tirailleurs d’Hexamer qui s’est illustré lors de la prise du fort ainsi que toute la deuxième division. Je parviens toutefois à m’attacher les services des officiers. Je confie ainsi au colonel Hexamer le soin de lever et conduire des troupes pour remplacer la deuxième division. Le colonel Canfield, Dieu merci remis de ses blessures, prend en charge l’entraînement d’une nouvelle brigade de tirailleurs dans laquelle il parvient à réunir trois-cents hommes dévoués.

Je remplace les morts et les blessés des brigades Sigfried et Kemper par des vétérans et porte leurs effectifs à six-cent-cinquante hommes chacune.

La deuxième division se composera d’une unique brigade d’infanterie d’un millier d’hommes commandés par le lieutenant-colonel Marshall et je m’assure que tous les hommes soient armés de Springfield Modèle 1842 qui ont le mérite d’offrir un rapport qualité/prix correct et d’être disponibles en grandes quantités.

Enfin, je confie au capitaine Cabell la charge de quatre canon Field de 6 supplémentaires, doublant ainsi la taille de la batterie d’artillerie rattachée à la première division.

J’ai épuisé la totalité des fonds qui m’avaient été alloué et j’espère que cela suffira à assurer mes futurs succès. Je garde en réserve près d’un millier d’hommes.

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