Mémoires d’un officier confédéré #3

Bataille de Newport News

14 juin 1861

L’Union essaie de sécuriser des zones de Virginie par la force. Ses armées occupent plusieurs villes où la milice locale n’a pas eu le temps de prendre les armes.

La Confédération a besoin de mes hommes pour défendre une petite ville a proximité de Newport News. Les Fédéraux approchent de plusieurs directions et ce avec des forces supérieures en nombre. Il faudra néanmoins parvenir à les repousser.

Devant l’urgence de la situation, je n’ai pas le temps de mettre en ordre de marche mes deux divisions. Je privilégie la vitesse et ne me fais accompagner que des deux brigades d’infanteries des lieutenant-colonel Sigfried et Kemper ainsi que des tirailleurs de Canfield. J’ai longuement hésiter à privilégier la batterie d’artillerie du capitaine Cabell à ces derniers mais j’ai peur que leur lenteur ne soit un handicap trop important pour cette opération. En outre, l’état-major m’assure que la milice locale, placée sous les ordres du brigadier-général Joseph E. Johnston, dispose de plusieurs canons.

15 juin 1861

18h00

Mes forces prennent position au nord de la ville, autour d’un hameau. C’est sur ce « Central Point » que je compte appuyer ma défense et retenir les nordistes jusqu’à l’arrivé des renforts de Johnston. D’après nos renseignements, l’ennemi s’avance vers nous en trois colonnes. L’une devrait arriver du nord, l’autre du nord-ouest et la dernière du nord-est. D’après l’officier Stuart, en charge d’une brigade de la cavalerie confédérée de Virginie qui s’est joint à moi, l’assaut viendra d’abord du nord. Je concentre donc mes efforts sur Central Point dont je confie la défense à Sigfried. Kemper prendra position plus à l’est, dans un champ, tandis que les tirailleurs de Canfield se tiendront en embuscade dans le grand bois.

Pour prévenir d’un assaut par l’ouest ou l’est, je détache deux groupes de tirailleurs des brigades de Kemper et Sigfried. Les uns iront se dissimuler dans le champ doré, à l’ouest, les autre dans le champ carré, à l’est.

La cavalerie de Stuart, initialement en position dans le bois nord, se replie vers le bois Stuart.

Je dois garder à l’esprit que je serai sans doute dépassé en nombre et que je ne dois mener qu’un combat retardateur jusqu’à l’arrivée des renforts.

18H07

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps avant que les premières tuniques bleues apparaissent. Elles s’engagent entre le grand bois et la forêt diagonale, marchant vers Central Point. Je compte deux brigades d’infanterie d’un millier d’hommes chacune, environ deux-cent-cinquante tirailleurs et un train d’artillerie.

Je demande à Stuart de conduire sa cavalerie dans le bois nord d’où il se tiendra prêt à agir.

18h13

Premier accrochage. Les tirailleurs de Canfield ouvrent le feu sur une brigade d’infanterie adverse qui s’avance dans le grand bois.

Il semblerait que les tirailleurs ennemis se dirigent vers le bois Stuart.

18h16

Canfield se retire légèrement vers le sud pour pousser l’ennemi à progresser dans mes lignes. La brigade de Sigfried, retranchée sur Central Point, ouvre le feu tandis que les hommes de Kemper avancent sur le flanc gauche de l’ennemi.

Au nord, ma cavalerie s’élance hors du bois.

18h23

Stuart charge le train d’artillerie des unionistes et s’engage dans un furieux corps à corps. Les servants des pièces, pris au dépourvu, tentent de fuir. L’affaire est bien engagée mais on me signale que les tirailleurs ennemis qui effectuaient une reconnaissance vers le bois Stuart remontent sur les traces de mes cavaliers. Stuart devra bientôt décrocher s’il veut éviter les pertes.

Dans le grand bois, les tirailleurs de Canfield sont toujours sous le feu. La brigade ennemie, bien qu’attaquée de trois côtés à la fois, compte sur le couvert des arbres et la seule force du nombre pour tenir bon.

Une brigade d’infanterie se déplace en direction de la ville, en passant à l’est de Central Point. Je manœuvre les tirailleurs de Sigfried pour passer du champ doré au champ delta d’où ils pourront stopper l’avancée ennemie depuis un couvert.

18h28

Canfield reprend sa lente retraite vers la partie sud du grand bois mais cette fois-ci, l’ennemi renonce à le poursuivre et préfère lancer un assaut sur Central Point qui est déjà sous le feu d’un groupe de tirailleurs ennemis. Je compte sur les tirs des brigades Canfield et Kemper pour briser le moral adverse et éviter une mêlée trop prolongée aux hommes de Sigfried.

Au nord, l’artillerie ennemie a été anéantie sans trop de difficultés et mes cavaliers, libres de leurs mouvements, prennent vers le sud pour soutenir la défense de Central Point.

Plus au sud, les tirailleurs de Sigfried, en bonne position, font feu sur l’ennemi qui avance à découvert. Ils auront bientôt besoin de soutien car ils ne sont qu’une centaine contre près d’un millier de tuniques bleues.

18h30

L’assaut sur Central Point est repoussé sans trop de peine mais la situation n’est pas bonne pour autant. Stuart me fait savoir qu’il repéré au nord-ouest de la forêt diagonale deux nouvelles brigades d’infanterie, de la cavalerie – cinq cents hommes selon lui – ainsi que de l’artillerie…

Je vais avoir besoin de renforts.

18h44

Les nordistes occupent toujours la partie nord du grand bois en dépit des efforts de Kemper et Stuart pour les en déloger. Canfield s’est porté au sud de Central Point pour soutenir les tirailleurs de Sigfried dont la position est gravement compromise par l’avancée de la cavalerie ennemie. Ils n’ont aucune chance de survivre à un assaut d’envergure et, dans l’urgence, je décide de les replier sur la ville au sud de la rivière.

18h46

La cavalerie réagit immédiatement aux mouvements de mes troupes et se détourne pour charger à l’est, sur les tirailleurs de Canfield. J’ordonne une retraite précipitée vers le grand bois, interpose la cavalerie de Stuart et relance les tirailleurs de Sigfried au nord de la rivière pour harceler l’ennemi.

Central Point risque l’encerclement.

18h51

La cavalerie unioniste poursuit sur sa lancée et enfonce mes rangs. Stuart et Canfield sont aux prises avec elle et la mêlée est rude. Mes tirailleurs ont tout de même pu lâcher une salve avant le contact et les cavaliers de Stuart, malgré leur infériorité numérique criante, ne se démontent pas. Ils ne rompent la formation qu’après avoir repoussé l’assaut. Chaque camp abandonne sur le terrain une centaine de cavaliers.

A Central Point, la situation est mauvaise. Une brigade d’infanterie toute fraîche se joint à l’assaut et charge la position de Sigfried. Kemper, trop occupé de son côté, ne sera d’aucun soutien à Central Point.

Je commence à songer à une retraite. Tout cela risque de mal finir.

18h54

Haha ! J’ai, semble-t-il grandement sous-estimé la ténacité des hommes de Sigfried. L’ennemi bas en retraite et Central Point est toujours sous notre contrôle. Stuart a reformé les rangs et reprend position au sud de Central Point pour prévenir de toute action de la cavalerie ennemie et empêcher l’encerclement.

18h58

Une nouvelle brigade d’infanterie bleue avance vers le sud, passe à l’est du champ doré et se dirige vers le champ delta sans que je puisse m’y opposer.

Dans le grand bois, Kemper repousse une charge ennemie avec le soutien de la brigade de Sigfried.

Au nord-est, des renforts de fédéraux viennent de parvenir au champ de bataille. D’après les rapports il faudrait compter sur trois brigades d’infanterie au grand complet, un convoi logistique et une batterie d’artillerie. Le mouvement est supervisé par le major-général Irvin McDowell.

Que font les renforts promis ?!

19h00

Mes prières ont été entendues ! Johnston vient d’arriver par le sud à la tête de quatre brigades d’infanterie et il a des canons avec lui !

19h08

La ville est menacée. La cavalerie ennemie, accompagnée d’une brigade d’infanterie, s’apprête à franchir la rivière et seule une centaine de mes tirailleurs leur font face, épaulés par les hommes de Stuart. Le corps de la milice de Virginie n’est pas encore en position.

A l’est, une brigade d’infanterie marche droit sur le grand bois, sans faire grand cas des tirs des tirailleurs de la brigade de Kemper, toujours en position dans le champ carré. Sans doute parce que ceux-ci seront bientôt délogé par un millier de tuniques bleues qui se dirigent sur la position… Je positionne les hommes de Canfield à la pointe sud du grand bois pour retarder l’avancée ennemie.

La troisième brigade dont dispose McDowell remonte vers le nord, en direction du bois Stuart.

Central Point est de plus en plus isolé mais tient bon. Kemper tente de pousser au nord au travers du grand bois pendant de Sigfried est assailli par l’ouest.

19h15

Sans ordre de ma part, Sigfried a abandonné Central Point pour se replier dans le grand bois où il espère tenir aux côtés de Kemper.

Les hommes de Stuart ont été mis hors de combat par la cavalerie ennemie et le combat pour la ville est sur le point de s’engager. Les tirailleurs de Sigfried font de leur mieux pour retarder l’avancée ennemie et gagner du temps pour que les brigades de miliciens prennent position dans et autour de la ville.

L’objectif est de fixer l’infanterie adverse dans la rivière et de la prendre de flanc.

Les braves miliciens du Sud souffrent dans la manœuvre mais mes pièces d’artilleries seront bientôt en position.

A l’est, je tente de replier en toute hâte les tirailleurs de Kemper qui risquent d’être encerclés et anéantis.

Je suis inquiet du fait que le grand bois puisse être isolé de mes lignes arrière.

19h21

Mes craintes sont fondées. Le grand bois est encerclé par quatre brigades d’infanterie fédérales. Deux attaquent par l’ouest, deux par l’est. Je dois impérativement tirer mes hommes de là. Je lance un lent mouvement vers le sud, priant que la retraite ne se transforme pas en bérézina. Les tirailleurs de Canfield devront faire ce qu’ils peuvent pour couvrir cette marche.

Aux abords de la ville, un premier assaut a été repoussé. Je déborde lentement le flanc droit du corps de McDowell.

Plus de nouvelles des tirailleurs de Kemper…

19h27

Une terrible mêlée s’engage dans et autour du grand bois. Je commande aux hommes de Canfield de se retirer car ils risquent d’être chargés à leur tour.

19h32

Kemper repousse l’ennemi vers l’est, les hommes de Sigfried rompent les rangs et tentent de se dégager vers le nord. Refusant d’abandonner les fuyards, je tente le tout pour le tout et lance Kemper à la poursuite de l’ennemi en direction du bois Stuart plutôt que de fuir au sud. En outre, selon mes informations, McDowell superviserait les opérations depuis ces bois. J’espère l’en déloger tout en gardant la possibilité de me porter au secours de Sigfried.

Il faut considérer le grand bois comme définitivement perdu.

19h33

Sigfried parvient à reformer les rangs et pousse maintenant vers bois Stuart aux côtés de Kemper.

19h36

Canfield n’a d’autres choix que de rendre les armes sous l’assaut d’une troupe huit fois supérieure en nombre. Lui et les tirailleurs survivants sont constitués prisonniers.

Au sud, des renforts de cavalerie menés par l’officier Jenifer me parviennent. Sans attendre, je leur ordonner de galoper ventre à terre vers le nord, direction bois Stuart.

19h43

Ma cavalerie surprend un train d’artillerie occupé à franchir la rivière à l’est de la ville. C’est une opportunité à saisir même si je ne souhaite pas laisser Kemper et Sigfried sans soutien.

Plusieurs brigades remontent sur les arrières de Kemper que je replie vers le nord tandis que Sigfried le couvre.

19h52

La retraite de Kemper s’effectue en bon ordre et la cavalerie de Jenifer, après avoir dispersé les servants d’artillerie menace les arrières de ses poursuivants qui hésitent sur la conduite à tenir. J’en profite pour replier Sigfried à la suite de Kemper.

Plutôt que de charger à revers l’infanterie ennemie que je juge trop nombreuse, je demande à Jenifer de se diriger sur la position de McDowell. Ce dernier a évacué précipitamment le bois Stuart avec un convoi logistique.

La ville tient toujours.

20h00

McDowell et son convoi sont encerclés. Je parie qu’il ne s’attendait pas à telle manœuvre ! Au premier coup de feu, le voilà qui détale ! Je lance La cavalerie à ses trousses après avoir capturé le convoi. Il rejoindra le bois du nord où se retranchent les hommes de Sigfried et Kemper pour former un dernier carré. Les hommes sont épuisés.

20h12

L’assaut sur la ville faiblit. Mes canons auront pesé lourd dans l’affrontement.

20h21

Ma cavalerie, alors qu’elle pourchassait le major-général McDowell a saisi l’opportunité de libérer le colonel Canfield et sa troupe ! Tous se dirigent maintenant vers la forêt diagonale pour couper toute retraite à l’ennemi. Kemper et Sigfried les y rejoindront avec le convoi logistique.

20h30

Nous avons fini par l’emporter. L’ennemi abandonne le terrain. Notre position a été plus que précaire mais nous avons fini par vaincre. Les pertes, bien que toujours trop lourdes à mes yeux, demeurent acceptables.

En récompense de mes efforts, Richmond m’octroi près de quatre mille hommes supplémentaires et décide un nouvel effort financier en ma faveur, à hauteur de cinquante-cinq-mille dollars. Ces ressources me permettent de porter les effectifs des brigades Kemper et Sigfried à sept-cents hommes chacune. Je recrute parmi les miliciens les plus expérimentés de Virginie, quitte à offrir aux hommes un salaire plus que décent. Le nerf de la guerre, ce n’est pas l’or, ce sont les bons soldats.

La brigade de tirailleurs est également renforcée, mais par de jeunes recrues cette fois. Leur rôle ne sera pas d’affronter l’ennemi de face. Ce fut d’ailleurs une erreur de ma part que d’emmener ces hommes à la bataille de Newport News. J’espérais faire usage de leur mobilité pour harceler l’ennemi mais dépassé en nombre, il m’a fallu compter sur tous mes fusils pour simplement tenir la ligne ! Il aurait sans doute été préférable de confier la défense de Central Point à la deuxième division.

Je renforce d’ailleurs cette dernière en levant une nouvelle brigade de mille hommes que je confie au lieutenant-colonel Hampton. Comme toutes les autres, cette brigade sera équipée de Springfield Modèle 1842 dont je dois acheter une partie car les stocks sont très limités.

Je tâche d’engager, parfois à grand frais, des officiers compétents pour mener mes hommes. Je suis conscient que nous ne pourrons jamais déployer davantage d’hommes de l’Union aussi il faudra jouer sur nos forces : d’excellents officiers et des hommes plus aguerris que ces citadins du nord.

J’ai encore plus de trois mille hommes en réserve ainsi que trente-mille dollars que j’hésite à dépenser. Je n’envisage pas de lever de nouvelle brigade d’infanterie, faute de fusils décents en quantité suffisante. J’ai été favorablement impressionné par l’action de la cavalerie à la bataille de Newport News mais je me demande si davantage d’artillerie ne serait pas un meilleur choix. Mobilité ? Puissance de feu ?

Il me faut réfléchir.

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