Mémoires d’un officier confédéré #4

Première bataille de Bull Run

Incapable de trancher entre cavalerie et artillerie, je me décide à lever une modeste brigade de cavalerie et à renforcer la batterie de canons du capitaine Cabell de deux ou quatre pièces. J’opte en définitive pour quatre canons Field de 6 supplémentaires que je fais servir par des hommes expérimentés. Pour couvrir une partie de la dépense, je revends quatre mortiers de 12 pris à l’ennemi lors de la bataille de Newport News.

J’ai besoin que mon unique brigade d’artillerie soit aussi efficace que possible et je ne peux m’offrir le luxe de former les hommes sur le tas. J’aurais aimé fournir à Cabell des canons Napoléon mais les arsenaux du Sud sont incapables d’en produire en quantité suffisante pour répondre à la demande.

Alors que je reforme une nouvelle brigade de cavalerie, je m’interroge sur l’équipement qu’ils recevront en dotation. Il faut choisir entre la carabine et le sabre. J’ai une nette préférence pour la première option, que je juge plus sûre pour mes hommes, cependant je sais qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact dévastateur que peut avoir une charge puissante, menée sabre au clair. Je finis par trancher en faveur de la deuxième solution car lors de nos précédents affrontements, nous avons pu saisir à l’ennemi pas loin d’une centaine de revolvers à barillet Colt Modèle 1855. Cela permettra d’équiper mes hommes avec un matériel décent pour un coût raisonnable. Je confie le commandement de cette nouvelle troupe au colonel Hatch.

Enfin, je m’assure d’améliorer mes réseaux de reconnaissance et de réquisitionner pour plusieurs milliers de dollars de munitions et de matériel pour approvisionner mes deux divisions. Ceci fait, il me reste encore un peu plus de huit mille dollars et à peine moins de trois mille hommes en réserve.

21 juillet 1861

L’armée confédérée menée par P.G.T. Beauregard est déployée le long de la rivière de Bull Run pour protéger le nœud ferroviaire de Manassas Junction. Sur l’autre rive, le brigadier-général Irvin McDowell est à la tête de l’armée de l’Union et cherche un point faible pour attaquer.

L’armée confédérée s’est étendue pour défendre toutes les voies du cours d’eau. On m’a confié la conduite de notre flanc gauche. C’est là que devrait se porter les assauts des fédéraux.

Ma ligne de défense s’étend jusqu’au pont de pierre et il se peut que les nordistes tentent de s’en emparer, à moins qu’ils ne préfèrent une manœuvre depuis un gué, à l’ouest.

En cas d’attaque, nous devrions pouvoir compter sur les renforts de Beauregard et de Johnston dont les hommes arriveront bientôt par la voie ferrée.

Je n’aligne que quatre brigades aujourd’hui et il n’aura pas été aisé de les choisir. Pour tenir le pont et empêcher les Fédéraux de franchir la Bull Run, je fais installer la batterie de canons de Cabell sur une élévation de terrain. Légèrement en contrebas, la barricade sera tenue par l’imposante brigade du colonel Marshall. Ses gars sont des bleus, presque aucun n’a vu le feu, mais ils sont nombreux. Ceux qui survivront apprendront… Espérons que cela suffise.

Pour couvrir le terrain, je déploie la brigade de tirailleurs de Canfield dont la première tâche sera de sécuriser le gué de la ferme, juste au nord du pont de pierre. Enfin, la brigade d’infanterie de Sigfried fera route vers Matthews Hill pour garder mes flancs.

7h30

Comme prévu, Marshall occupe la barricade, Cabell et ses canons sont derrière, en hauteur, et tous pointent vers le pont de pierre. Canfield garde le gué de la ferme pendant que Sigfried se porte en direction de Matthews Hill.

7h39

Canfield me fait dire qu’il a repéré des tuniques bleues de la première brigade Ohio. Ils marchent vers le pont, suivis de la deuxième brigade de New York et de la deuxième brigade Ohio. Deux batteries de canons avancent avec eux. Peut-être six ou huit pièces au total, pas davantage.

7h51

Les officiers de l’Union, sans doute assurés de l’emporter par la seule force du nombre, font avancer leurs troupes vers le pont. De l’autre côté de la Bull Run, pas loin de trois mille hommes se dirigent sur notre position. En contrebas, j’entends Marshall raffermir le courage de sa brigade à grand renforts de mots. Ce sont les seuls sur lesquels ils pourront compter pour l’heure.

Canfield, qui a traversé le gué de la ferme pour mener une opération de reconnaissance, reçoit l’ordre de se replier en toute hâte et de venir assister la brigade Marshall. L’ordre arrive trop tard, les tirailleurs n’arriveront pas à rejoindre le pont de pierre à temps.

Le premier Ohio charge.

Je prends personnellement le commandement de la batterie d’artillerie du capitaine Cabell, ordonne que l’on charge la mitraille et demande que l’on retienne le feu jusqu’à ce que les tuniques bleues se présentent sur le pont, en rangs serrés.

7h55

Nos canons taillent des croupières dans les rangs adverses mais l’ennemi continue d’avancer. La mêlée s’engage sur la barricade. Rapidement, le premier Ohio se retire mais déjà le deuxième Ohio s’engage sur le pont. Canfield est en position pour les prendre de flancs.

8h00

Sous les assauts répétés des nordistes, les hommes de Marshall abandonnent la barricade… Foutue bleusaille. J’interviens pour les rappeler à leur devoir et, honteux, ils tournent les talons et ouvrent le feu sur leurs poursuivants.

8h08

Le deuxième Ohio est mis en déroute par les salves successives de nos canons. Il abandonne à flanc de colline pas loin de deux-cents hommes, morts ou trop gravement blessés pour se retirer.

8h17

L’ennemi se regroupe pour un nouvel assaut. Il vient de recevoir l’appui d’une brigade de cavalerie. Les canons ennemis, maintenant en position, font feu sur la barricade et les hommes de Marshall, déjà secoués par les combats, peinent à tenir la position.

8h34

Nouvel assaut. Cette fois-ci, c’est le deuxième de New York qui s’élance mais, déjà affaibli par les tirs de l’artillerie, il ne me cause guère d’inquiétude.

8h37

La cavalerie fédérale s’avance pour soutenir l’attaque.

8h38

Brisé, le deuxième de New York se replie mais ses hommes auront fait preuve de davantage de courage que ce à quoi je m’attendais. Marshall déplore la perte de deux-cents hommes. Mon Dieu…deux-cents hommes et l’assaut a commencé il y a moins d’une heure…

8h42

Beauregard est là avec des renforts. Deux brigades d’infanterie de plus de deux-mille hommes chacune marchent maintenant vers Matthews Hill où une offensive ennemie se profile. Ils ont avec eux quelques canons et je reconnais parmi eux les officiers Bartow et Bee de la milice de Virginie. Ils ont bien servi lors de la bataille de Newport News.

8h48

La cavalerie ennemie s’élance encore une fois sur le pont tandis qu’une nouvelle brigade d’infanterie m’arrive en renfort par le sud. Il s’agit d’éléments de la fameuse Hampton’s Legion. Ils arrivent à point pour soutenir les hommes de Marshall.

8h51

Une brigade d’infanterie nordiste est repérée sur le versant nord de Matthews Hill. Viennent ensuite des tirailleurs et de la cavalerie.

9h00

Les fédéraux, sous les ordres de McDowell, déclenchent un premier assaut sur Matthews Hill.

9h03

Les tuniques bleues de la brigade Keyes tentent de franchir le gué de la ferme pour prendre mes troupes à revers. J’envoie la Hampton’s Legion bloquer leur avance.

9h12

Plusieurs milliers d’hommes montent à l’assaut de Matthews Hill. Ils m’enlèvent une position d’artillerie trop exposée mais les hommes de Bartow, solidement retranché dans la ferme Matthews, tiennent bon. Juste au sud, la brigade Bee repousse les fédéraux au bas des pentes tandis que sur le versant est, la brigade de Siegfried attend le moment opportun pour monter une contre-attaque.

9h16

Notre position sur Matthews Hill est préoccupante. McDowell intensifie ses efforts et ce sont maintenant pas loin de onze mille hommes qui tentent de s’emparer d’une position défendue par moins de cinq mille gris.

9h25

La brigade Keyes est parvenue à traverser le gué de la ferme. Elle affronte désormais la Hampton’s Legion ainsi que les tirailleurs de Canfield dans un combat dont l’issue est difficile à prévoir. Mes hommes profitent du couvert des bois mais l’ennemi peut compter – c’est une habitude – sur une écrasante supériorité numérique.

Je commande à Canfield de manœuvrer pour se porter sur les flancs de l’ennemi.

9h32

Les hommes de Keyes, devant le risque de se faire encercler, préfèrent se replier vers le nord. J’en profite pour faire marcher Canfield en direction de Matthews Hill ou des renforts seraient les bienvenus.

Sur le pont de pierre, la situation n’évolue guère. Les nordistes paraissent avoir renoncé à un assaut d’envergure et se contentent de lâcher quelques salves de mousquet en direction de la barricade d’où les hommes de Marshall répondent avec force.

9h40

La brigade Keyes revient menacer ma Hampton’s Legion, je relance donc mes tirailleurs sur leurs flancs, d’autant que la deuxième brigade de New York fait mine de se diriger vers le gué de la ferme pour le franchir à son tour.

Tant pis pour Matthew Hill, ils devront tenir là-bas comme possible. Je replie toutefois la brigade de Siegfried qui menait jusque-là des combats sur le versant nord de la colline. Les pertes sont déjà trop nombreuses pour un résultat plus que discutable…

9h44

Sigfried s’est retranché dans la ferme Robinson où il subit un siège en règle. La brigade Burnside qui l’assaille compte cinq fois plus d’hommes…

9h48

Le deuxième de New York renonce à franchir le gué mais une nouvelle brigade (Sherman), forte de près de trois mille hommes, s’avance maintenant vers le pont de pierre. La situation est délicate. Malgré la menace posée par la brigade Keyes, je retire la Hampton’s Legion vers le sud, d’où elle pourra couvrir la traversée du pont de pierre.

A Matthews Hill, je détache deux-cents tirailleurs de la brigade Bartow pour venir appuyer Sigfried. Au même moment, plus de deux-milles fédéraux chargent Bee et ses hommes sur la colline. Je n’imagine pas d’issue favorable à cet affrontement.

10h00

L’assaut sur Matthews Hill est miraculeusement repoussé mais les pertes sont lourdes et le moral en baisse. Je ne suis pas certain que Beauregard parvienne à tenir la ligne encore longtemps.

10h01

Les hommes de Bee font retraite en bon ordre sur le versant sud de Matthews Hill tandis qu’un nouvel assaut se prépare sur le pont de pierre mais il sera aisément repoussé avec l’aide de la Hampton’s Legion.

10h11

Une nouvelle vague de tuniques bleues à raison de la résolution déjà vacillante des hommes de Bee qui prennent la fuite. Je tente de colmater la brèche avec les tirailleurs de Bartow. Ce dernier tient toujours la ferme de Matthews Hill.

Plus au nord, la situation s’est légèrement améliorée, Sigfried est parvenu à repousser les attaques de Brunside mais sa position reste précaire, d’autant qu’une nouvelle brigade forte de deux mille cinq-cents hommes s’avance maintenant sur la ferme Robinson.

Au nord du pont de pierre, la brigade Keyes s’avance une nouvelle fois. Ils sont retenus par les tirailleurs de Canfield le temps que la Hampton’s Legion reprennent position dans les bois qui bordent la rivière.

A Matthews Hill, Bartow tient le terrain avec un acharnement remarquable tandis que Sigfried, piégé dans la ferme Robinson, est toujours assiégé par plusieurs milliers d’hommes.

10h26

Je reçois l’ordre de replier mes forces sur Henry Hill. Facile à dire…

Je demande un rapport de situation.

Le pont de pierre est toujours sous notre contrôle et Marshall, malgré la perte de plus de quatre cents hommes, tient bon. Il semblerait toutefois que ses hommes n’aient pas mis hors de combat plus de quatre cents nordistes. La position reste nôtre grâce aux efforts exceptionnels de la batterie d’artillerie du capitaine Cabell qui, s’il a perdu une soixantaine de servants, a infligé plus de huit cents morts aux troupes fédérales.

Plus au nord, Canfield a fait un travail remarquable avec seulement dix morts dans ses rangs pour plus de cinq cents infligés à l’ennemi. Les hommes commencent cependant à manquer de munitions.

Sur Matthews Hill, la situation est désastreuse. Bee, en fuite, s’est replié sur la maison de pierre tandis que Bartow s’accroche à la colline. Sigfried est toujours retranché dans la ferme Robinson avec plus de cinq mille hommes sur le dos. Il a perdu près de trois cents hommes pour quatre cents tués et manque de munitions.

Jackson vient d’arriver par le sud pour soutenir la défense d’Henry Hill avec quatre brigades d’infanterie. J’envoie la première vers le gué de Lewis d’où elle pourra franchir la Bull Run et se porter sur les arrières de l’ennemi. Une autre part occuper la ferme Henry, une troisième les bois du versant sud d’Henry Hill et la dernière se dirige vers le nord pour couvrir la retraite de Matthews Hill.

10h27

Je relance les hommes de Bee sur le versant sud de Matthews Hill. Ils devront tenter de dégager les hommes de Bartow et couvrir leur retraite. Bee détache un groupe de tirailleurs de sa brigade et l’envoie vers le nord pour couvrir ses flancs et contourner l’ennemi.

La Brigade Keyes se replie et j’en profite pour ordonner à Canfield de se porter au secours de la brigade Sigfried. Un convoi logistique passe la branche jeune de la rivière pour approvisionner les hommes bien que le mouvement soit dangereux.

10h32

La ferme de Matthews Hill est prise d’assaut. La cavalerie ennemie se jette sur les tirailleurs de Bartow qui soutiennent Sigfried depuis les bois.

10h38

Une cinquième brigade d’infanterie m’arrive en renfort par le sud. Je l’envoie en direction de la ferme Robinson bien que la route soit longue…

Deux batteries d’artillerie fraîchement arrivées sont également déployées autour d’Henry Hill.

10h43

Les hommes de Bee établissent le contact avec l’ennemi au sud de Matthews Hill tandis que les tirailleurs de la brigade lancent une attaque surprise sur les canons des nordistes.

Contre toute attente, Bartow tient toujours. Cet homme mérite une médaille !

10h47

Canfield et Sigfried ont pu être réapprovisionnés mais la brigade Keyes approche sur leurs arrières. Je dépêche Canfield pour les ralentir depuis un bois.

Les lambeaux de la première brigade de l’Ohio tentent une nouvelle attaque sur le pont de pierre. Un mouvement suicidaire. La situation n’était pas mauvaise ici, je retire la Hampton’s Legion et l’envoie vers la ferme Robinson.

10h53

Une brigade de cavalerie nordiste vient de franchir le gué de la ferme.

11h03

J’apprends que le lieutenant-colonel Sigfried est gravement blessé. C’est sur sa brigade que repose maintenant l’essentiel de la pression. Matthews Hill est toujours aux mains de Bartow et rien ne semble en mesure de le déloger.

11h05

Les quelques survivants de la brigades Sigfried, démoralisés, prennent la fuite. Ils ne reviendront pas.

11h11

J’ordonne l’abandon de Matthews Hill qui risque l’encerclement maintenant que la ferme Robinson est tombée. La perte de la brigade Sigfried est un coup terrible pour mon corps d’armée.

11h17

Une charge de cavalerie me prend par surprise. Menée depuis le gué de la ferme, elle fond sur mes canons qui garde le pont. Le capitaine Cabell est blessé dans la mêlée et j’ordonne que l’on abandonne la position, l’une des brigades d’infanterie de Jackson couvrira cette retraite.

Matthews Hill est désormais aux mains des fédéraux mais le repli de mes troupes se fait en bon ordre. Les hommes prennent maintenant position de l’autre côté de la jeune branche de la rivière, légèrement au nord d’Henry Hill qui constitue mon dernier point de repli.

11h27

Le gros des forces adverse tente de passer la jeune branche de la rivière de Bull Run mais la zone est solidement défendue.

La zone du pont de pierre est entièrement évacuée, seule subsiste sur les arrières de l’ennemie, dissimulée dans les bois, l’une des brigades de Jackson, passée par le gué Lewis plus au sud.

Une brigade de cavalerie de renfort vient de me parvenir. Elle est envoyée pour lutter contre la cavalerie adverse qui infiltre mes lignes en direction d’Henry Hill.

11h48

L’ennemi profite d’un trou dans ma défense pour lancer un assaut sur les arrières de la Hampton’s Legion qui participe à la défense de la branche jeune de la rivière de Bull Run.

Je tente de resserrer mes défenses autour de Henry Hill pour pousser l’ennemi à monter à l’assaut de la colline dont les versants sont bien couverts par mes canons.

11h57

La brigade d’infanterie envoyée sur l’arrière des ennemis par le gué Lewis m’informe du succès de la manœuvre. Nous avons repris le pont de pierre que nos hommes franchissent maintenant depuis la rive est pour arriver dans le dos des tuniques bleues qui manœuvrent désespérément pour tenter de prendre Henry Hill.

Ma cavalerie a fini par nettoyer nos lignes de tous les éléments infiltrés.

12h27

Alors que nos lignes se sont stabilisées – à l’ouest de Henry Hill, mes troupes tiennent les champs de blés et repoussent sans peine un ennemi peu décidé, à l’est, la rivière, couverte par le feu des fusils et des canons constitue un obstacle dangereux pour l’ennemi – Johnston arrive avec cinq brigades d’infanterie de plusieurs milliers d’hommes. Nous allons pouvoir contre-attaquer !

Johnston propose un assaut sur le flanc droit de l’ennemi, en direction de Matthews Hill mais j’envisage les choses différemment. Matthews Hill n’est plus une priorité, l’ennemi porte maintenant le gros de ses efforts sur mon flanc droit tandis que sa droite est dégarnie. Je compte laisser à droite un écran d’infanterie et porter toute la pression à gauche pour remonter vers le pont de pierre et faire jonction avec les éléments sudistes infiltrés derrières les lignes ennemis.

La sagesse dicterait sans doute d’écouter Johnston et de tenter une manœuvre enveloppante par la gauche mais la marche est trop longue jusque-là et une telle manœuvre laisserait largement le temps à McDowell de concentrer ses hommes autour d’un point facile à défendre, probablement entre le pont de pierre et la ferme Robinson, en prenant appui sur les forêts et les fermes.

13h04

Les hommes sont en place, ils se préparent à franchir la rivière pour marcher vers le pont de pierre puis le nord. Un petit groupe passera par le centre, en direction du nord, vers la ferme Robinson, pour harceler l’ennemi s’il tentait de se retirer par là.

Pour sécuriser les arrières de ma forces attaquante, j’ordonnerai une attaque de faible amplitude à l’ouest, en direction de Matthews Hill, pour y clouer l’ennemi.

14h49

L’offensive est un succès. Nous avons repoussé les fédéraux loin vers le nord, sans toutefois parvenir à les encercler.  Le pont de pierre est sous notre contrôle, de même que la ferme Robinson. McDowell tente péniblement de replier ses troupes et s’il y parvient relativement bien jusqu’à maintenant, il se retrouvera sous peu acculé à la Bull Run avec un unique gué à sa disposition pour sauver son armée déjà bien diminuée. C’est une nouvelle Berezina qui s’annonce.

15h00

Je reçois un ordre incompréhensible de mes supérieurs. L’assaut doit être stoppé, laissant à McDowell la possibilité de sauver les restes de son armée. Il est vrai que les hommes ont été durement éprouvés par les combats de ce jour mais nous venons de perdre une opportunité d’infliger une cuisante défaite à l’Union…

Les rapports de bataille révèleront que l’ennemi laisse sur le terrain environs quatorze mille hommes, soit environ deux fois plus que nous. Je déplore toutefois la perte de la brigade Sigfried qui, suite aux terribles pertes subies lors de la bataille de la ferme Robinson, ne pourra être reconstituée.

Marshall déplore lui aussi d’importantes pertes – plus de six cents hommes – mais, dans l’ensemble, sa brigade s’est bien comportée si l’on n’oublie pas qu’elle est composée essentiellement de jeunes gens inexpérimentés. Ces braves auront causé plus de neuf cents morts aux nordistes aujourd’hui !

Le capitaine Cabell, légèrement blessé lors d’une charge de cavalerie ne pourra plus assurer le commandement de sa batterie d’artillerie. Il lui faudra un remplaçant, d’autant que les artilleurs ont prouvé leur valeur aujourd’hui avec près de mille quatre cents morts infligées à l’ennemi.

Les tirailleurs de Canfield dont le mérite n’est plus à prouver, enregistrent moins de cent hommes hors de combat pour près de neuf cents ennemis tués. Pour sa bravoure, le colonel Canfield est promu au grade de brigadier-général.

L’Union laisse sur le terrain, en plus de son honneur, plusieurs milliers de fusils Springfield M1842, sept mortiers de 12 et quelques carabines Sharps M1855.

L’état-major met à ma disposition le brigadier-général Jackson. Il me rejoint avec 10200 hommes et une enveloppe de plus de cent-cinquante mille dollars, gage de la confiance grandissante que m’accorde le président Davis.

Cela me permettra de reconstituer mes forces.

Je commence par nommer à la tête de la brigade d’artillerie un nouvel officier afin de remplacer le capitaine Cabell. Mon choix se porte sur le major Gilbert Sanders. Je forme également de nouveaux artilleurs et achète de nouveaux canons pour remplacer les pièces endommagées durant la bataille de Bull Run. La batterie compte douze pièces et je ne compte pas aller au-delà afin de conserver un peu de manœuvrabilité. Je décide la création, sur le même modèle, d’une brigade d’artillerie pour la deuxième division et j’en confie la charge au lieutenant-colonel Smyth.

Je renforce ensuite considérablement les rangs de la brigade de tirailleurs de Canfield qui comptera à l’avenir cinq-cents hommes, tous expérimentés.

Je renforce également la brigade Kemper, portant ses effectifs à un millier d’hommes (contre sept-cents auparavant) et lève une nouvelle troupe pour remplacer la brigade Sigfried. Elle sera commandée par le lieutenant-colonel Schweitzer.

J’use ensuite de mes relations pour me procurer une cargaison de deux mille fusils Lorentz que je distribue aux hommes de Kemper et Schweitzer. J’entends faire de la première division une force d’élite, bien entraînée et bien équipée.

Les trois brigades d’infanterie de la deuxième division voient leurs effectifs portés à mille cinq-cents hommes chacune, toujours placés sous les commandements de Marshall, Hampton et Nicholas. Ces brigades forment le gros de la troupe.

Je décide également la création d’une troisième division pour le premier corps d’armée et y fait lever une brigade de cavalerie sous la houlette du colonel Hatch.

Enfin, après une longue hésitation, je choisis de former une petite brigade de tirailleurs que je rattache à la troisième division. Elle comptera à peine cent-cinquante hommes mais ils seront équipés des meilleurs fusils dont je dispose, des Whitworth, capable de tirer avec précision à plus de cinq-cents mètres. L’affaire m’aura toutefois coûté plus de vingt-quatre mille dollars et il faut espérer que cette petite force brille sur le champ de bataille pour justifier un tel investissement. Les cent-cinquante seront commandés par le colonel Dearing qui m’a donné l’assurance qu’il ferait bon emploi de ces hommes et de leur ruineux matériel.

Je demande ensuite à Jackson de débuter la formation d’un deuxième corps d’armée dont il aura la charge. Il commence par lever une première division d’infanterie sur le modèle de celle du premier corps d’armée.

Restent en réserve plus de cinq mille hommes et pas loin de soixante mille dollars.

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