Return of the Obra Dinn

An Insurance Adventure with Minimal Color

 

Qu’est-ce qu’une impression ?

Une émotion, une sensation… une empreinte laissée dans ma mémoire… Certaines sont profondes, d’autres superficielles. La plupart finiront par s’effacer. C’est ici que je conserve une trace de certaines d’entre elles. C’est un musée, un mémorial plutôt, pour se souvenir des histoires et des jeux.

Return of the Obra Dinn est sorti le 18 octobre 2018. J’y ai joué entre le 4 et le 10 novembre 2018 et il m’aura fallu environ 11 heures pour en voir le bout.

Alors, que pourrai-je avoir envie de retenir de Return of the Obra Dinn ?

Son histoire ? Son ambiance ? Son gameplay ? Y rejouer ?
Sans doute pas. Absolument ! Oui… et non ! Dans dix ans ?
L’écran titre. Une aura de mystère indicible se dégage de ce qui ressemble à une vieille gravure.

L’Obra Dinn, un indiaman à trois-mâts, d’une capacité de près de huit-cents tonneaux pour un tirant d’eau de dix-huit pieds a vu le jour sur les chantiers navals de Londres, en 1796.

En 1802, il est affrété et armé par la Compagnie Britannique des Indes Orientales. Il quitte Londres pour Falmouth où il embarque à son bord passagers et marchandises avant de prendre la mer pour l’Orient. Il ne parviendra jamais au cap de Bonne-Espérance.

L’année suivante, toujours sans nouvelles, la Compagnie se résout à déclarer le navire perdu corps et biens.

Mais en 1807, l’Obra Dinn refait surface dans d’étranges circonstances. Lourdement avarié, à la dérive, jonché de corps, abandonné des vivants…

Un expert en assurance est immédiatement dépêché à bord par la Compagnie des Indes avec pour mission de déterminer les causes de sa disparition et d’évaluer le montant des dommages subis par le navire et sa cargaison.

Peu avant de prendre la mer, l’inspecteur reçoit un étrange colis en provenance du Maroc. A l’intérieur, quelques documents, une montre mystérieuse et… une lettre. Le pli, signé de la main d’un certain Henry Evans, lequel prétend avoir servi sur l’Obra Dinn lors de sa dernière traversée, nous confie le soin de faire la lumière sur toute l’affaire.

Parmi les documents se trouvent le manifeste de bord du navire qui contient une liste détaillée des membres d’équipage et des passagers, les plans du navire, une carte maritime et quelques croquis réalisés par un artiste au cours de la traversée.

Reste la montre à gousset. C’est un objet de belle facture, gravé d’un avertissement et d’un crâne. Un memento mori. Evans, énigmatique, écrit à son sujet qu’il faudra l’utiliser afin de « déterminer l’identité et le sort de chacun à bord ».

Une fois sur l’Obra Dinn, il devient vite évident que cette montre n’est pas ce qu’elle semble être. Placée à proximité de la dépouille mortelle d’un marin, ses aiguilles s’agitent et s’enclenche alors un obscur mécanisme qui nous transporte dans le temps, à l’heure exacte de la mort. Jamais ni le voyage ni la destination ne varient. Il y a d’abord le tunnel noyé dans les ténèbres, habité seulement par les bruits qui précédèrent l’instant funeste ; des cris, quelques paroles, des souffles, parfois le silence… Puis l’instant où la vie s’achève, figé pour l’éternité à la façon d’un instantané macabre au sein duquel on évolue pour tenter d’en comprendre les secrets.

Et c’est ainsi que l’on passe d’un corps à un autre, d’un pont à un autre, tout en s’efforçant de percer l’épais mystère qui entoure la mort et la disparition de chacun des soixante malheureux qui partagèrent le dernier voyage de l’Obra Dinn.

Pour y parvenir, il faudra disséquer le manifeste de bord, scruter les croquis et les plans, interroger chacun des corps, sa position, son rôle, son vêtement… Les indices sont rares et la tâche difficile. Une attitude, un objet, un lieu… le moindre élément peut s’avérer décisif pour permettre l’identification d’un marin. Plus que les rares paroles entendues, c’est la mise en scène, d’une rare intelligence, qui distillera petit à petit les réponses que nous cherchons. Plus que la montre, c’est notre capacité à observer et à relier entre eux des détails a priori sans importance qui tient lieu de gameplay. Le jeu est mécaniquement sans intérêt, c’est la réflexion qu’il nécessite qui lui donne sa richesse.

Peu à peu, alors que l’on rassemble des faisceaux d’indices, une trame commence à émerger du chaos. Le manifeste de bord ne se contente plus d’être un document administratif, il vient témoigner de la vie à bord et chaque corps retrouve, avec son identité, une part de son humanité.

Pour autant, aux yeux du monde, toute cette affaire ne se résumera bientôt qu’au rapport strictement comptable que produira notre expert pour le compte de la Compagnie.

Nous serons les seuls à garder souvenir de l’ultime traversée du Obra Dinn et du destin de ceux qui la partagèrent.

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