The Banner Saga #1

Journal d’Ubin, sur la route de Strand

Le soleil n’a toujours pas repris sa course… Il y a plusieurs jours, il s’est tout simplement immobilisé dans le ciel. Le temps semble s’écouler différemment depuis qu’a débuté ce jour sans fin, si bien qu’il est difficile d’estimer quand cela s’est réellement produit. La caravane s’agite. Les hommes parlent de mauvais présages. Ils sont inquiets et fatigués. Moi aussi. Voilà des mois que nous sommes sur les routes… Il est temps que tout cela s’achève. L’hiver vient et la neige ne tardera plus.

Nous approchons de la baie de Denglr et nous devrions arriver à Strand demain. C’est la dernière étape de notre voyage, ensuite nous reprendrons la route pour Grofheim, la capitale. J’espère que ces humains s’acquitteront de l’impôt sans discuter.

Journal d’Ubin, dans le Grand Hall de Strand

Comme toujours avec les humains, les choses sont compliquées. Une guerre civile est sur le point d’éclater en ville. L’affaire n’est pas nouvelle. La ville, riche cité commerçante des berges de la côte Ouest, a toujours attiré la convoitise des pires individus. Les hommes comme les Varls s’y étripent joyeusement depuis des décennies déjà et pourtant, la cité tient bon. Beaucoup pensent que le dieu Denglr continue de protéger la ville et de lui porter chance. Chacun sait que les dieux sont morts, pourtant beaucoup pensent qu’une part d’eux existe toujours, cachée dans l’eau et le feu, dans la pierre et le vent. Peut-être ont-ils raison. On voit de drôles de choses parfois.

Nous avons bien choisi notre moment pour arriver. On s’assassine dans les venelles, on s’étripe sur les places et on se bat jusque dans le Grand Hall… Nous avons dû en forcer l’entrée. Une bande de Skalfing menaçait de trancher la tête du gouverneur de Strand. Gunnulf et son immense épée y ont mis bon ordre. C’est un carnage, comme à chaque fois, et je n’aimerais pas être celui qui sera chargé de nettoyer cette boucherie. Enfin… je n’ai pas l’habitude de m’occuper des affaires des hommes mais il faut bien que je collecte l’impôt et pour cela, j’ai besoin que le gouverneur reste en vie jusqu’à notre départ.

Le gouverneur le sait bien. Il a bien essayé de m’amadouer en me contant l’histoire de son grand-père mais il en faudrait davantage pour me dérider. Il a vite compris et lorsqu’il m’a finalement demandé mon aide, il s’est empressé de me promettre le double de l’impôt en récompense. Pourquoi pas ? Jorundr ne sera pas mécontent que je ramène davantage d’or que prévu.

Journal d’Ubin, sur le marché près des quais

J’ai rencontré Eirik, l’intendant du gouverneur. C’est lui qui est chargé de conduire les représailles contre les Skalfing. Drôle de personnage. Il n’a pas l’air de beaucoup s’inquiéter de l’agitation qui règne en ville, ni même de la tentative de meurtre sur son maître. « J’ai vu pire » m’a-t-il dit. C’est sûrement vrai.

Pour le moment, il a pris les choses en main et cela me convient tout à fait. J’ai promis mon aide et je la donnerai mais tout cela reste l’affaire des hommes. Pour l’instant, Eirik est occupé à dévaster l’étale d’un marchand sur les quais. Apparemment, ils se connaissent. Eirik à l’air de penser qu’il pourrait nous donner des informations. Je laisse faire, il est chez lui. Gunnulf a trouvé une nouvelle tunique. Verte. Il ressemble à une grenouille, mais je ne le lui ai pas dit.

Eirik a fini par obtenir ce qu’il voulait. Les Skalfing survivants se terreraient dans un bouge, sur la colline qui surplombe les quais. L’Homme Noble. Nous nous y retrouverons dans quelques heures, le temps pour Eirik de chercher des renforts et de rappeler à son maître sa promesse. Le double impôt.

Journal d’Ubin, l’Homme Noble

Ce n’était pas vraiment un combat. Pressés d’oublier la mort de leur chef dans le Grand Hall, les Skalfing avaient si consciencieusement noyé leur amertume dans l’hydromel qu’ils étaient à peine capables de brandir leurs armes… Alors combattre… Eirik n’a pas hésité à se salir les mains et il s’est avéré être un combattant tout à fait capable même s’il n’aurait pu s’en sortir sans l’aide de mes Varls. J’ose espérer que le gouverneur saura se souvenir de sa promesse maintenant que les menaces se sont tues.

A peine le massacre achevé qu’Eirik a attiré mon attention sur la baie, visible par la fenêtre de l’auberge. Une flotte de drakkars approche, avec des voiles rouges et bleues. Je reconnais sans peine la bannière de Vognir, le prince des Varls. Que vient-il faire ici ? L’autre drapeau ne me dit rien. Eirik parle de gens importants.

Je comprends mieux la générosité du gouverneur. Il espérait que je l’aide à faire place nette avant l’arrivée de ses invités.  Eirik s’en cache à peine désormais et avant de filer – il a encore beaucoup de sang à nettoyer et de cadavres à faire disparaître avant que le gouverneur puisse recevoir ses hôtes convenablement – il me demande de retenir un peu Vognir et sa suite sur les quais. Je ne promets rien et nous quittons l’Homme Noble avec un regard d’excuse pour l’aubergiste. Faut-il que je fasse gagner du temps à Eirik ? Bah ! Allons-y, je ne serai pas fâché de revoir mes compatriotes.

Journal d’Ubin, dans une auberge de Strand

J’ai rencontré Vognir et Hakon alors qu’ils venaient de mettre pieds à terre. Hakon est toujours le même. Vognir a vieilli. Le temps passe bien vite. Lui et sa troupe reviennent d’Arberrang, la capitale du royaume des Hommes où ils ont conduit une mission diplomatique. Aujourd’hui, ils remontent vers le Nord, en direction de Grofheim, en compagnie de Ludin, l’héritier d’Arberrang, et de sa suite. C’est une sorte d’échange culturel. Vognir visite Arberrang, Ludin visite Grofheim. Ça n’a pas l’air de beaucoup plaire à Hakon. Peu de choses lui plaisent, sinon le fracas des combats. A croire que la paix l’ennuie.

Demain, lorsque nous reprendrons la route, nous nous joindrons à la caravane de Vognir et Ludin. La route me paraîtra peut-être moins longue en compagnie d’autres Varls et la voie sera plus sûre, nul n’osera attaquer une troupe aussi imposante que la nôtre.

Ce soir j’ai vu et parlé avec le prince des Hommes. Ce n’est qu’un enfant. Il est jeune et prétentieux. Je comprends mieux pourquoi Hakon se plaignait de sa présence… J’ai essayé de lui expliquer mon rôle et mon intérêt pour les choses de l’histoire mais je n’ai eu droit qu’à de l’incompréhension et du mépris. Puis-je lui en vouloir ? Il n’a que vingt hivers derrière lui, tout au plus, et il n’en vivra guère que quarante de plus. S’il a de la chance. Espérons tout de même qu’il ne rendra pas le voyage trop pénible, bien que ce ne soit pas vraiment mon problème de toute façon.

Journal d’Ubin, aux portes de Strand

Nous sommes sur le point de quitter Strand pour reprendre la route. Le gouverneur a tenu parole et j’emporte avec la caravane la somme due. Je m’attendais à plus de résistance de sa part. Peut-être qu’Eirik aura intercédé en ma faveur ? Quoi qu’il en soit, c’est une bonne chose et Jorundr sera content.

Bientôt nous franchirons les portes de la ville et prendront la direction de Grofheim. Je ne serai pas fâché d’arriver. La neige commence à tomber. Le soleil n’a toujours pas repris sa course dans le ciel.

Journal d’Ubin, premier jour de voyage, sur la route

La journée touche à sa fin. Nous avons peu progressé aujourd’hui. Les hommes de Ludin ont trop bu hier soir… Ils ont peiné toute la journée. Pitoyable spectacle.

Journal d’Ubin, deuxième jour de voyage, sur la route

Nous avançons lentement. Après seulement quelques heures de marche, Mogr, le quartier-maître de Vognir, a sonné la halte et mis en perce des fûts d’hydromel offert par le gouverneur de Strand. L’alcool coule à flot dans le campement et je suppose qu’il ne faut pas s’attendre à une folle progression demain… Enfin, j’imagine que les barils, une fois vides, seront moins pénibles à transporter. Un bon prétexte pour boire sans retenue.

Je suis sûrement trop vieux pour tout ça et même si je ne suis pas contre une petite coupe de temps à autre, je préfère laisser la fête aux plus jeunes. Et puis il faut bien que quelqu’un veille sur la caravane.

Les fêtards ont fini par s’endormir sans incidents. Etonnant.

Journal d’Ubin, troisième jour de voyage, au campement

Tôt ce matin (quoique ce soit difficile à dire, le soleil refusant toujours de bouger) Ludin est venu rendre visite à Vognir. Le Varl n’était pas très frais et ça n’a pas arrangé ses relations avec l’humain. Hakon avait raison, ce petit prince est un plein de morgue… Le voilà qui s’impatiente, tel un enfant, il exige de savoir si nous sommes encore loin de Grofheim. N’a-t-il donc jamais vu une carte ? Cela fait tout juste deux jours que nous avons quitté Strand et nous traînons sur les routes ! Bien sûr que c’est encore loin !

Avec beaucoup de diplomatie, Vognir a invité Ludin dans sa tente pour lui montrer la carte et lui faire comprendre qu’il nous fallait encore traverser Hraun et que cela nous prendrait probablement plusieurs semaines, à condition que le temps se maintienne et que rien ne vienne ralentir notre avance. Ludin, apparemment jamais en manque de bonnes idées, a proposé que nous prenions la mer jusque Skrymirstead et il a fallu que je lui explique que la baie de Silverstone était déjà recouverte par les glace en cette saison… Sans compter les Dredges qui pullulent là-bas.

Ludin n’a pas très bien accueilli la nouvelle, contrarié il nous a quitté en tapant du pied. Je crois que Vognir et Hakon rêvent de lui fracasser le crâne. Le moment venu je les aiderai peut-être.

Journal d’Ubin, troisième jour de voyage, à Vedrfell

Vognir est mort. Ludin, gravement blessé, ne doit son salut qu’à l’intervention d’Hakon. C’était des Dredge. Ils nous ont attaqué alors que nous traversions Vedrfell, une petite colonie de réprouvés, de marginaux et de parias chassés de Strand et sans autre endroit où aller que ce plateau balayé par les vents glacials venus de la baie. Des Dredge si loin au Sud… c’est inhabituel. Anormal même.

La mort de Vognir est un choc. Qui prendra la tête de la caravane ? Qui prendra la tête des Varl ? Et les Dredge ? D’après un éleveur du coin, cela fait plusieurs jours maintenant que ses vaches disparaissent, enlevées par des géants, les Dredge évidemment. Depuis combien de temps sont-ils dans les parages ? S’agit-il d’une troupe isolée ? La route du Nord est-elle sûre ?

Trop de questions. Peu de réponses. Une nouvelle page de l’histoire va-t-elle se tourner ? Je ne sais pas si je dois me réjouir ou m’inquiéter d’en être le témoin privilégié…

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