Vampire : The Masquerade #2

Mise en scène

La minuit est passé depuis plusieurs heures déjà et Jubal Manzoni est désormais un vampire. Etendu entre les draps souillés, là même où il a reçu l’Etreinte, il n’est encore qu’un Infant qui s’éveille péniblement à la non-vie. Le passage est douloureux.

Il n’y aura eu aucun signe avant-coureur. Nulle planche grinçante, nul grognement d’avertissement. Brutalement, la porte de la chambre crasseuse où Jubal repose, sous le regard de sa Mère, est arrachée à ses gonds par une créature trapue, mi-homme mi-bête. Un Gangrel. Un de ces vampire bestial, proche de la Bête, prompt à la frénésie. Dangereux. La créature, trop rapide pour que l’œil puisse la suivre, fiche un pieu de bois dans la poitrine de notre Mère. Un deuxième vampire, plutôt bien mis, sûrement un Ventrue, se charge d’infliger le même sort à Jubal Manzoni.

Une mise à mort ? Non. Ainsi que nous l’apprend le père Rialto (Vampire La Mascarade – Guide du joueur, page 11), le pieu, s’il ne tue pas le vampire, le paralyse totalement. Pourvu qu’il soit solidement planté dans son cœur racorni.

Dans le couloir, derrière eux, un colosse patiente. Toute intervention de sa part est inutile.

Moins d’une heure plus tard, nous retrouvons Jubal à genoux sur la scène d’un théâtre. C’est là que se réunissent les vampires de la Cité des Anges. Du moins, ceux qui appartiennent à la Camarilla et qui ont à cœur de préserver la Mascarade, l’occultation permanente, aux yeux du monde, de l’existence des vampires.

Sur scène, ils sont six. Jubal Manzoni, sa Mère, agenouillée à ses côtés, le colosse et ses deux assistants se tiennent légèrement en retrait. Et puis il y a le Prince. C’est un Ventrue, évidemment. Ils feignent depuis longtemps d’être les représentants honorables d’une aristocratie vampirique… Ce sont des manipulateurs en puissance. La Mascarade est une seconde nature pour eux.

Pour l’heure, le Prince interpelle l’assemblée des vampires, rappelant, l’air de ne pas y toucher, qu’il jouit, seul, du privilège d’Engendrer. Les autres n’ont cette liberté que si le Prince consent à la leur accorder. Or, notre Mère, en nous embrassant dans la mort sans avoir obtenu cette permission, a rompu la troisième Tradition. Les vampires ne sont pas des créatures enclines à la clémence et briser la règle, c’est encourir la Mort Ultime.

Le Prince connaît son affaire. Il faut le voir étaler son pouvoir, énoncer ses prérogatives, invoquer cette Tradition, dont il ne serait qu’un humble serviteur… Personne n’est dupe.

La sentence tombe. Ce sera la mort. Le couperet du bourreau s’abat sur la nuque de l’accusée. L’assemblée s’agite. Un immortel est mort.

Le Prince se tourne vers nous. Jubal fixe le sol.

« J’ai décidé de lui laisser la vie. On lui apprendra les coutumes de notre race et on lui donnera les mêmes droits. »

Le calme revient. Que ce soit par mansuétude ou par calcul, le Prince a décidé d’épargner Jubal.

« Que personne ne dise que je manque de compassion envers les fléaux et les problèmes de notre communauté. »

C’est par calcul.

La salle se vide. Le Prince m’entraîne à sa suite au travers des coulisses.

« Votre Mère, c’est tragique, je regrette, mais vous comprenez il y a un code de comportement très strict que nous devons tous suivre pour assurer notre survie. Quand quelqu’un, qui que ce soit, enfreint ces lois, cela sape la trame de notre société pluri centenaire.

Comprenez mon problème. Si je vous laisse vivre, cela me met dans une situation précaire, puisque je serai responsable de vos actes futurs. Donc je vous offre une occasion de dépasser le sort réservé par votre Mère.

Ceci est votre… épreuve du feu. On vous conduira à Santa Monica. Là, vous rencontrerez un agent nommé Mercurio. Il vous donnera les détails de votre tâche. J’ai fait preuve d’une grande clémence à votre endroit. Prouvez-moi que ce n’était pas en vain, jeune vampire. Ne revenez pas, à moins de réussir.

Bonsoir. »

Ce soir, le Prince ne s’est pas contenté d’apaiser les esprits en nous graciant. Sous couvert du respect de la Tradition, il a remplacé un vampire respecté, ancien peut-être, par un Nouveau-Né docile et malléable dont il a fait son obligé. Vivant, Jubal est son débiteur. Et la dette doit être remboursée.

Dès lors comment refuser la mission qui nous est confiée ? Nous ne le pouvons pas. Le Prince, sûr de son emprise, nous abandonne dans une ruelle à l’arrière du théâtre. Nul doute de que d’autres affaires requièrent son attention.

Nous voilà dehors. En vie. Plus ou moins. Mais la nuit n’est pas finie.

Un homme attend, adossé à un mur de brique. C’est un vampire. Je l’ai aperçu dans le théâtre. Il n’a pas les manières d’un Ventrue et se présente simplement à moi. Jack. Il me propose son aide.

Vraiment ?

Pardon d’être méfiant mais… Jubal n’était pas d’un naturel confiant dans la vie, alors dans la mort… Et puis j’ai le sentiment d’avoir déjà contracté suffisamment de dettes pour ce soir.

Enfin… on va faire semblant d’écouter, histoire de voir où cela nous mène. A vrai dire, nous n’avons pas le choix. Jubal a besoin d’informations sur sa nouvelle condition et moi, j’ai besoin de suivre le tutoriel du jeu.

Jack me jette un regard inquisiteur. Il me demande si j’ai bu. Je comprends le sens de son questionnement, mais ce n’est pas vraiment le cas de Jubal qui lui demande de quoi il parle.

« Oh, bon sang, t’es vierge ! Ah, ça va te plaire ! Ton nouveau kiff, ton champagne. Le sang est devenu ta nouvelle putain d’héroïne, tu vois. Mais prépare-toi, c’est jamais aussi bon que la première fois. »

Jack me désigne un pauvre type qui passe par là, l’air un peu paumé.

« T’y vas tranquille, t’arrives derrière lui, tu sors tes petits crocs, et tu manges. Et t’inquiète pas si t’étais pas du genre physique. Ça va te venir tout naturellement. Comme si tu l’avais fait des milliers de fois. »

Tout ça paraît drôlement l’amuser.

Un avertissement cependant.

« Mais surtout – et c’est important, écoute bien – surtout les vide pas entièrement. Ça pourrait être dur de résister, mais il ne faut pas les tuer. »

Ça marche. C’est ce que répond Jubal. Il n’a pas l’air trop perturbé. J’imagine qu’il commence à ressentir cette soif inextinguible qui s’impose à tous les vampires. L’instinct va prendre le relais et c’est très bien comme ça. Je n’ai pas envie de tâtonner à la recherche de la jugulaire.

Je m’approche du type sans chercher à me dissimuler. Il me lâche des yeux une seconde, le temps de s’allumer une clope. C’est plus de temps qu’il n’en faut pour que les crocs de Jubal se referment sur sa gorge.

Quelques instants plus tard nous abandonnons notre première proie dans un coin, plongée dans un état d’hébétude. Jack nous attend.

 « Ouais… oh ouais, tu l’as bien, là… Je le vois dans tes yeux… Tu fais partie des prédateurs, ça y est… Tu sens tout ça qui bouillonne en toi, qui te soulève… C’est ça, c’est ça, t’as toute la vie en deux gorgées, voilà… »

Il poursuit.

« Bon, t’as le sang, tu te trouves trop balèze, t’as jamais eu autant la pêche… Mais attends, c’est pas fini. Tous les vampires ont quelques trucs en commun, qui les mettent loin au-dessus des humains, dans la pyramide alimentaire. »

Il se moque. Je le sens. Jubal, lui, a trop besoin de cette initiation pour le remarquer. Il ne faut pas faire confiance à Jack. Un jour, il réclamera le prix du service qu’il nous rend.

Je pose une question, l’exposé continue.

« Comme des sens plus précis, un corps plus résistant, et si tu te démerdes bien, la vie éternelle. C’est pas gagné mais au moins t’as une chance. C’est pas mal. Et ça, c’est que le début. Les avantages en nature quand tu t’inscris au club. »

La vie éternelle ?

« On peut encore te détruire, mais oublie les films et les bouquins. L’ail, ça fait rien. Une croix ? Tu leur colles là où je pense. Un pieu. Si tu te le prends en plein cœur, ça te paralyse, mais c’est tout. L’eau vive ? Pas de soucis, il m’arrive même de me baigner… enfin, pas trop souvent. »

Pour le pieu, Jubal a déjà testé. Pour l’ail, j’en avais sur ma table de nuit étant petit et ça a plutôt bien fonctionné apparemment. Ou alors il n’y avait pas de vampires près de chez moi.

La liste des vulnérabilités suit.

« Bon, un coup de fusil à pompe dans la tête, là, c’est autre chose. Le feu ? Grave problème. Le soleil ? disons qu’à ton prochain lever de soleil, la partie s’arrête. Tu piges ? »

Ouaip. Plutôt bien. Je suis condamné à une éternité d’obscurité mais j’ai le droit de prendre des bains. On fera avec.

Soudain, le bruit d’une déflagration nous parvient. C’était proche. Dans les ruelles voisines. Le bruit de l’explosion laisse place à celui des rafales d’armes automatique. Jack me pousse dans un garage délabré. On se retrouve à l’étage qu’il me dit. Je dois aller voir ce que c’est que ce bordel qu’il me dit.

D’accord.

Me voilà seul dans ce vieux garage automobile. Au milieu des outils abandonnés, je découvre un rossignol. Pas un piaf hein ! Un outil de crochetage. Jubal en possédait un… avant, dans une autre vie. Il l’a employé deux ou trois fois avec succès mais ça n’a pas fait de lui un spécialiste. C’était juste un type qui s’amusait à fouiller dans les tiroirs des autres.

A l’étage, je retrouve Jack.

« C’est un raid du Sabbat. Le Sabbat, c’est… merde, je voulais attendre un peu pour ces conneries… Bon, le Sabbat, en gros, c’est de connards assoiffés de sang qui réfléchissent pas… Pour l’instant, ça te suffit, comme infos. »

J’imagine que ça suffira, oui.

« Ils viennent foutre un peu la merde et titiller le nouveau Prince. »

Il a une drôle de façon de prononcer Prince. Du mépris, ou de l’indifférence… ? Je retiens que le « Prince » est un nouveau. Il a sans doute besoin d’asseoir son autorité. C’est là-dedans que je me retrouve impliqué.

Jubal en profite pour y aller de sa petite question :

« De quoi il est prince le Prince ? »

Pertinent. Mais la réponse est évasive.

« Pas le temps pour un exposé politique. Premier boulot ? Sortir d’ici en vie. Les gars du Sabbat sont pas malins, mais ils sont violents. Comme des sauvages… pas le genre de trucs qu’il faut se coltiner quand on est jeune comme toi… »

La conversation s’interrompt. En contrebas, dans la ruelle, trois membres du Sabbat viennent de débarquer. Jack ne m’a pas raconté de conneries, ils ont l’air complètement barges. Les deux premiers mitraillent devant eux sans discernement, le troisième est carrément une espèce de putain de loup-garou. Même les Gangrel ont l’air civilisés à côté de cet animal.

A l’autre bout de la ruelle, Le colosse, l’exécuteur du Prince, se pointe tranquillement. Il encaisse sans broncher une dizaine de pruneau avant de riposter. Sa puissance est sans mesure avec celle des ploucs du Sabbat. Ils se font équarrir en moins de dix secondes. En quinze, ils sont revenus à la poussière…

Le colosse sait que nous l’épiions… Ce massacre, c’était une démonstration. Une leçon et… une mise en garde aussi. Ne pas s’opposer au Prince.

Jack suggère que nous fichions le camp. Riche idée. Lui se propose de rester un peu en arrière pendant que Jubal trouve un moyen de forcer l’entrée des bureaux, à l’arrière du bâtiment. C’est parti.

Il ne faut pas longtemps à Jubal pour crocheter la serrure de la porte. Pas trop de mérite. Vu la qualité du mécanisme, on aurait pu la forcer avec une brosse à dents.

Dans le bureau, Jack m’attend déjà. Il n’était pas censé rester en arrière ? Pour faire le guet ? Et puis par où est-il passé ? Il m’accueille, l’air goguenard :

« Oh… raccourci… Bien vu. »

Gros con. J’ai pris la seule entrée disponible et tu es arrivé avant moi. Je t’en foutrais des raccourcis.

Il reprend son discours :

« Cool. Bon, si tu veux savoir tout ce qu’il ne faut pas faire, regarde bien ces connards du Sabbat. Être un super méchant vampire, c’est bien, mais évite de le faire savoir. Si tu te trimballes en faisant l’animal sauvage, voilà ce qui t’arrives. »

J’imagine qu’il fait référence au massacre qui vient de se dérouler dans la ruelle…

« Le loup ne veut pas que le mouton sache qu’il est là. »

Alors le monde des vampires, c’est un peu vivons cachés, vivons heureux ?! Super.

« C’est pour ça aussi qu’on ne jongle pas avec les voitures, et qu’on ne fait pas la course avec les trains express. Et c’est pour ça que tu ne savais rien du tout de tout ça ce matin en te réveillant. »

La course avec un train ? Me tente pas (notez que si on parle de ceux de la SNCF…).

« Si tu gardes le secret, tu nous facilites la vie à tous. On vit à l’époque où tout le monde a un appareil photo sur son portable. On peut pas se planter. »

Et si on se plante ?

« La fête, là-bas… avec le type déguisé et le Magilla Gorilla… Les connards qui ont tué ta mère ? C’est la Camarilla. Pfff… ils se mettent en quatre pour faire appliquer les lois des vampires comme celle-là ».

Un type déguisé et le Magilla Gorilla ? c’est comme ça qu’il appelle le Prince et son exécuteur ? Si on voulait savoir ce qu’il pense de ces deux-là, on le sait.

Jubal en profite pour demander avec une naïveté feinte si la Camarilla, « ce sont les gentils ? ».

Bordel, on sait bien que non tous les deux. C’est juste un coup de sonde. Mais Jack n’est pas tombé de la dernière pluie (quel âge a-t-il d’ailleurs ?) et il esquive en se donnant des grands airs.

« Moi, je préfère que les gens se fassent une opinion eux-mêmes. »

Sympa. On va essayer de s’en souvenir. Jack a des tendances anarchistes, pas difficile à voir. Il suffit de l’entendre prononcer les mots « prince » ou « règles ». Sans parler de son air de hippie gothique.

Bon. Poursuivons.

Le bureau n’a que deux portes. Celle par laquelle je suis passé et une autre… fermée par une serrure magnétique. La clef doit traîner dans le coin, évidemment. Dans le coffre-fort par exemple. Un terminal informatique permet de le déverrouiller. Le mot de passe est inscrit sur un post-it obligeamment collé juste à côté. Pratique.

Je tape « chopshop » puis les lignes de commande « coffre », « ouvrir » et le tour est joué.

J’aime bien ce système. Taper véritablement les commandes au clavier, c’est autre chose qu’un mini-jeu de piratage.

Dans le coffre, je récupère la carte magnétique. Je passe la porte et prends l’escalier. Jack préfère passer par les toits. On se retrouve dans la ruelle.

Là-bas, deux tueurs du Sabbat nous attendent. Pendant que Jubal essuie les plâtres, Jack arrive dans leur dos et les saigne sans difficultés. Vieux, merci de m’avoir envoyé en bas comme appât…

Tout ça l’amuse beaucoup.

« T’as pris des coups ? »

Tu crois ?

« Hé hé, t’as plein de trous. Bah, ça va se refermer. Mais t’as intérêt à te nourrir. Y a quelqu’un dans l’escalier. Pas super frais, mais ça fera l’affaire. »

C’est l’occasion d’un cours accéléré sur la qualité du sang.

« Pour te nourrir, c’est la qualité du sang qui compte, pas la quantité. Les clochards et les loqueteux, c’est pas aussi sain que des humains en bonne santé. Meilleur est le pedigree, meilleure est la cuvée. »

Bon, bah ce n’est pas si différent que dans la vie. J’aimerai bien voir la tête d’un végétarien qui se réveille vampire. Condamné au boudin pour l’éternité. Tu parles d’une malédiction.

La leçon reprend.

« Mais souviens-toi, il ne faut pas les tuer. Enfin, pas les innocents. T’es un monstre, pas d’erreur, ton âme est damnée et tout. Il faut que tu t’accroches à ce qui te reste d’humanité. »

Et si je me laisse emporter ? Par accident…

« Un innocent reste un innocent. Si tu en tues un, même un pauvre clodo, même par accident, ça va te coûter un peu d’humanité, et te rapprocher de la Bête qui sommeille en toi. Elle est toujours là. Elle attend de prendre le relais. Quand ça arrive, c’est comme si tu devenais un animal sauvage – désespéré, effrayé, impitoyable. Tu fais n’importe quoi pour survivre, et après il faut gérer les conséquences. »

Alors je ne peux pas tuer n’importe qui ? C’est un peu, euh… contraignant… Et puis cette histoire d’ « innocents »… ça existe ? Franchement, si Jubal et sa conscience parviennent à trouver un terrain d’entente sur la question, on devrait pouvoir becqueter n’importe qui non ? A moins que les vampires aient la conscience plus sensible que les humains… ce serait un comble.

Merde j’aurai dû jouer Gangrel !

Devant ma moue dubitative, Jack précise son propos.

« J’ai parlé d’humain innocent. Si une crapule te colle un canon scié sous le nez, tu le vides, tu le pèles et tu lui pètes le crâne. La survie, après tout, c’est humain. En fait, c’est ce que je préfère dans l’humain. »

Ok, on trouvera à s’arranger avec notre conscience.

« La seule façon de lutter contre la Bête, c’est de rester en contact avec ton humanité, sans te laisser mourir de faim. Pas évident. »

Ouais. On s’en sortira. Mais c’est intéressant, d’un point de vue rôlistique. Allez. Assez de sermon. Il est temps d’aller se nourrir. Jubal a la dalle en pente.

Il ne me faut pas longtemps pour trouver le clochard dont parlait Jack. Une proie facile.

Mais c’est vrai que son sang a un sale goût. Trop d’alcool, et pas du meilleur. Et je ne parle pas de l’odeur de son écharpe.

« Pas aussi bon, hein ? Il y a pire. Les rats, par exemple ? Tu crois que je blague ? On peut survivre avec des animaux, si tu vomis pas. Immonde. T’auras qu’à essayer. »

Evidemment, nous ne résistons pas. Jubal par provocation, moi par curiosité. Le premier rat qui passe y passe.

Jubal n’a pas l’air de trop mal le vivre. Moi je trouve l’expérience intéressante. Facile de là où je me trouve.

« …Suceur de rat… Eh, je m’en fous, c’est ta vie. Mais pour info, c’est mal vu chez les vampires convenables. »

Convenables ? C’est de l’humour ? Je laisse Jubal répondre.

« Pffft. Alors s’ils sont convenables, ils me passeront le sel. »

Un bruit nous fait dresser l’oreille. Il y a encore du monde dans le coin. On se faufile dans les venelles jusqu’à un immeuble voisin. En chemin, on tombe sur un traînard.

« Apparemment, le looser dehors a juste été séparé des autres. Et il est blessé. Va t’occuper de lui ; Pas de soucis, il doit être encore plus bleu que toi… »

C’est sûr cette info ? Je suis désarmé, et lui, il se trimballe un démonte-pneu. Alors ?

« Tu vois, le Sabbat a pas vraiment de séminaire de formation. Il aura de la chance s’il a compris qu’il est un vampire. »

Vraiment ?

« On l’a sans doute transformé et cogné sur la tête – c’est comme ça qu’ils font leurs troupes d’assaut. La chair à canon. Soulage-le, va… »

Punaise on va finir par croire que le meurtre qui se prépare sera 1) facile, 2) miséricordieux. Ce sera ma bonne action de la journée.

« C’est quand même un vampire, hein, alors attention. »

Merci de me le rappeler.

L’affaire est violente et sale. Mais quand elle se termine, je me retrouve avec un joli démonte-pneu. Il y a juste un peu du sang de Jubal dessus mais le vampire encaisse bien.

Le gameplay est plutôt mauvais, il faut bien le dire. Mais il se dit, dans les sombres officines d’Internet, que le meilleur du jeu, ce sont ses dialogues. Ce n’est pas pour rien que je joue un Toréador plutôt qu’un Brujah.

Plus loin, les coups de feu continuent de résonner. Jack me propose de m’esquiver par le sous-sol. Ca me paraît bien.

En bas, je croise un agent de sécurité recroquevillé dans un coin. Il pue la peur. Il essaie de se donner une contenance. Il me menace. Jubal n’a aucun mal à le soumettre à sa volonté et l’envoie en avant jouer les éclaireurs.

Mon brave agent se fait écharper par le premier monstre croisé… dommage. Je perds deux points d’humanité… Pourquoi ? Pour avoir manipulé mon prochain ? Sans doute… Quelle tristesse.

Je traverse le sous-sol sans trop de peine, malgré la présence des vampires dégénérés du Sabbat. C’est l’occasion de mettre à l’épreuve chacune de mes capacités vampiriques. C’est un bon gros tutoriel qui tâche.

Je retrouve Jack. Il a quelques nouvelles. Il semblerait que le Sabbat ne soit pas seul responsable du chaos qui se répand dans le quartier.

« Sales humains. De la racaille. Ils protègent leur territoire. Bon sang, et moi qui pensais que c’était le Sabbat qui s’installait, alors que c’était juste les locaux qui se la donnaient. »

On fait quoi du coup ?

« Ils en ont trop vu. Tiens, prends le calibre, là. C’est du petit modèle, mais deux ou trois balles, ça t’achève un humain. »

Aaah ! ils en ont trop vu… Apparemment ça suffit à les faire passer du statut d’innocent à celui de crapule. Facile de s’arranger avec les règles. C’est pas avec ça que la Bête va se réveiller.

« J’aimerais bien le récupérer, alors va pas le perdre en mourant. J’utilise pas beaucoup les flingues, ça fait du bruit, c’est pas pratique, et ça sert à rien contre les vampires, mais bon, il faut rester moderne, et de nos jours, à Los Angeles, ça veut dire qu’il faut un flingue. »

Pour tenir ce genre de discours, Jack doit être sacrément âgé. Peut-être est-il né avant que les armes à feu ne se généralisent ? Ou alors c’est juste un de ces barges qui aime avoir du sang sur les vêtements.

En tout cas, le flingue, moi je saurai quoi en faire.

Je laisse Jubal suivre ses instincts. Il ne lui faut pas longtemps pour tomber sur deux hispaniques… le genre à chercher des ennuis, à traîner avec des gangs ou je ne sais quoi. Jubal se déplace désormais avec la célérité des non-morts n’a aucune peine à les abattre. C’était presque trop facile.

Tout est fini. Pour ce soir. Demain, la Camarilla lancera une contre-attaque. Parade, esquive, virevolte, tout ça. Toujours. En tout cas, c’est ce que dit Jack. Selon lui, la période est… particulière. Beaucoup de tensions, de vieilles rancunes, de peur…

Le calme est revenu maintenant. Une voiture attend près du théâtre.

« Je pense qu’ils te cherchent, dehors. Tu dois avoir un taxi à prendre. J’espérais t’en dire un peu plus, mais… Bah, tu pigeras sans moi… »

C’est donc l’heure de se séparer. La voiture attend. C’est mon billet pour Santa Monica… au service du Prince. Tu parles d’une histoire.

J’arrive à embobiner Jack pour qu’il me laisse le flingue. On va en avoir besoin !

« Si tu reviens en un seul morceau, fais un saut au Last Round, c’est le bar, là, dans le centre-ville. Je te parlerai politique. C’est ça, le truc le plus dangereux, ici. Allez, bonne chance. »

Je m’en souviendrai vieux loup.

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