Vampire : The Masquerade #1

L’étreinte

Nous sommes 10 juin 2019. C’est le lundi de Pentecôte. Je me décide à lancer Vampire : The Masquerade – Bloodlines (ce titre bordel !).

Paru en 2004, c’est le dernier rejeton de Troïka Games (RIP). Il se base sur le jeu de rôle papier Vampire : The Masquerade (White Wolf Publishing, 1991) et c’est un de ces drôle de jeu qui combine échec commercial et succès critique.

Cela fait longtemps qu’il m’intrigue, j’aurai dû m’y mettre il y a des années déjà… je n’ai jamais trouvé le temps.

Je ne sais pas vraiment dans quoi je mets les pieds, alors, comme à chaque fois, je me suis un peu documenté.

Cette phase de recherche fait partie de mes petits plaisirs, il y a tellement d’histoires à découvrir !

Pas d’inquiétude cher lecteur ! Je ne vais pas étaler ici le résultat de cette étude. Il y aurait trop à dire. Les connaisseurs ne me pardonneraient aucun raccourci, les non-initiés aucune longueur. Je vais plutôt opter pour un compromis qui ne satisfera personne en éclaircissant les zones d’ombres au fur et à mesure.

Pour l’heure, disons simplement que le jeu se déroule à Los Angeles, au tout début du XXème siècle et qu’on y incarne un jeune vampire. Les vampires, organisés en sociétés secrètes, évoluent dans le monde de la nuit et se livrent des guerres d’influence souterraines incessantes.

On est loin de mes terrains de jeu habituels. Cela me forcera sans doute à faire quelques…ajustements. De quoi me stimuler.

Bien.

Il faut maintenant parler vampires.

Le vampire est une créature ancienne et sa nature a beaucoup varié selon les époques et plus encore selon les auteurs. Il y a un monde entre la créature de Murnau (Nosferatu le Vampire) et celle de Meyer (Twilight)… Le meilleur côtoie le pire.

Créer un personnage dans Vampire : The Masquerade, c’est, à plus d’un titre, choisir son camp ! Et voilà que Bloodlines exige que je choisisse le mien… A quel clan vais-je prêter allégeance ? De quel héritage vais-je me réclamer ?

Diable ! L’affaire est difficile.

Elle mérite réflexion…

Le jeu me propose sept lignées. Chacune a, évidemment, ses forces et ses faiblesses. Mais, plus intéressant, chacune a son identité ; des particularismes qui ouvrent des portes et qui en ferment d’autres…

Que choisir ?

Nosferatu ? Malkavien ?

Choisir, c’est renoncer dit l’adage. Il se vérifie mais cela ne m’aide pas !

Ventrue peut-être ?

Non. Ce sera Toréador.

Qui sont-ils ? Voici, en substance, ce que le jeu nous en dit :

De tous les vampires, les Toréadors sont les plus proches des humains dont ils cherchent activement la fréquentation. Ils évoluent avec une aisance toute particulière dans le milieu des arts et du spectacle où ils savourent la compagnie des vivants.

Les Toréadors se définissent comme des artistes visionnaires. Il se consacrent entièrement à la recherche du beau et s’abandonnent avec passion aux délices des sens. Mais la fascination qu’ils éprouvent pour l’humanité est un sentiment dévoyé et bien qu’ils aiment les humains, jamais plus les Toréadors ne pourront ressentir les élans qui soulèvent le cœur des vivants.

L’empathie est un don autant qu’une malédiction.

Le père Alfonso Rialto, inquisiteur de la Société de Léopold, les décrits en ces termes :

« Les Toréadors se délectent de décadence et de dénigrement. Ils ont perverti tous les plaisirs charnels des humains à un degré tel qu’ils doivent commettre grand mal pour en tirer satisfaction. En fait, ils doivent se nourrir de volupté et meurent s’ils n’en obtiennent pas. »

Vampire La Mascarade – Guide du joueur, page 9

Voilà ce que j’en retiens pour ma part :

Le Toréador est un être dépravé et la proximité qu’il affiche avec l’humanité n’est qu’un artifice utile, une illusion savamment entretenue pour tenir à distance la Bête qui sommeille en chaque vampire.

Je jouerai un homme et je décide de le baptiser Jubal Manzoni.

Comme ça, au hasard ?

Non, non, évidemment que non !

Dans la Genèse, Jubal est le fils de Lamech et d’Ada, il descend de Caïn. Or, si on se réfère au livre (fictif) de Nod, Caïn, maudit pour le meurtre de son frère, Abel, est le premier des vampires. La filiation est évidente !

De plus, Jubal est surnommé « père de tous ceux qui jouent de la harpe et de la flûte ». L’épithète ferait rougir de plaisir – si cela était encore possible – n’importe quel Toréador !

Quant à savoir si le prénom de Jubal est beaucoup donné… ma foi, l’Amérique est une terre de liberté. C’est ce qui se dit en tout cas.

J’ai vérifié… Selon le premier site venu, il y en aurait.

Quant à son nom, Manzoni, eh bien… disons que j’ai voulu offrir à mon personnage le caractère emporté et le sang chaud des latins. Un nom à consonnance italienne me semblait être la solution la plus simple et la plus rapide pour y parvenir !

Pour préciser davantage l’idée que je me fais de Jubal Manzoni – et puisque le jeu m’y invite – je fais de lui un artiste raté en choisissant l’antécédent « artiste famélique ». Concrètement, cela augmente d’un point l’attribut « perception » mais m’empêche d’investir plus de quatre points (sur cinq) dans l’attribut « apparence ».

Reste à répartir les points de compétences. Je livre sans attendre le résultat de mes ruminations. Détails et explications ensuite.

Je disposai de trois points d’attributs, à répartir dans les branches « social » (deux) et « mental » (un), que je distribuai de la manière suivante :

  • Un point de charisme
  • Un point d’apparence
  • Un point de perception (l’antécédent « artiste famélique » me gratifie d’un point supplémentaire dans ce domaine).

Je disposai ensuite de six points de capacités, à répartir entre les branches « talents » (trois), « compétences » (un) et « connaissances » (deux », que je distribuai de la manière suivante :

  • Deux points d’esquive, un point de subterfuge
  • Un point d’armes à feu
  • Un point d’érudition, un point d’investigation

Enfin, je disposai d’un point de discipline que je plaçai dans la branche « présence ».

Tu l’auras compris, ce qui se dessine c’est un personnage plutôt social qui joue des mots plutôt que des poings pour se sortir des situations épineuses. Il pourra toujours compter sur les armes à feu pour se tirer des mauvais coups. Du moins, c’est ce que j’espère !

Voilà pour les détails. Dans le fond, ils ne nous disent pas grand-chose de Jubal Manzoni. Ce ne sont que des chiffres. Il faut les faire parler.

Jubal Manzoni est un artiste raté (antécédent « artiste famélique »). Mais… il a d’autres atouts. A commencer par un physique agréable (+1 apparence) quoique gâté par une hygiène de vie douteuse (antécédent « artiste famélique »). Toutefois, ce qu’il perd en élégance, il le compense par une langue acérée (+1 charisme) qui a fait de lui un critique d’art (+1 érudition, +1 en perception) reconnu et redouté. Il faut dire que Jubal ne se contente pas de cracher sur le travail des autres. Non, plus que l’œuvre, c’est l’artiste qu’il cherche à atteindre (+1 subterfuge). Et pour tout dire, c’est un véritable fouille-merdre (+1 investigation). Son art, c’est celui de la critique acerbe, de la remarque insidieuse, du grand déballage. Evidemment, ses fréquents écarts de conduite lui ont valu quelques désagréments et il est depuis longtemps passé maître pour éviter les gifles lors des soirées mondaines (+2 esquive). Persuadé d’être un génie visionnaire, incompris, persécuté de tous, il a fini par s’acheter une arme et une carte de la NRA (+1 armes à feu).

Bien. C’est assez pour les explications. La personnalité et l’histoire de Jubal s’étofferont d’elles-mêmes en cours de partie.

Et tandis que j’esquissais mon personnage, lui se laissait entraîner dans une chambre miteuse par une inconnue trop belle pour lui. Alors que je réfléchissais à la lignée qui serait la sienne, des crocs se plantaient dans sa gorge offerte. Pendant que je le baptisais, Jubal Manzoni, recevait le sang des maudits. Enfin, tandis que je réfléchissais à ses aptitudes, lui renaissait dans la non-mort. L’Etreinte était consommée.

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